Adieu 3.14.16 : le 28 juin, ce sera Tau Day

Oui je sais, certains fêtent la journée de pi aujourd’hui, puisque le 14 mars se note 3.14 aux USA. Et comme nous sommes en 2016, c’est même 3.1416 . Et en prime Gilles nous a fait déguster une délicieuse Nusstorte des Grisons bien ronde.
Mais je ne suis pas parvenu à me réjouir pleinement car depuis quelques temps un doute me ronge : et si π était faux ?
C’est ce que suggère un article de 2001, “Pi est faux!” [1]
. Son auteur Bob Palais ne prétend évidemment pas que la valeur de pi soit fausse, mais plutôt que sa définition soit boiteuse et propose d’utiliser plutôt la constante 
Le “Tau manifesto” [2] de Michael Hartl donne pas mal de bonnes raisons à l’introduction de τ=2π.
- dans la plupart des équations*, π apparaît accompagné d’un facteur 2. C’est le cas dans la loi normale de Gauss et la transformée de Fourier et beaucoup d’autres [2] , y compris en physique de la troisième loi de Képler aux équations d’Einstein en passant par la loi de Coulomb
- c’est normal puisque τ correspond à un tour , d’où le choix du τ, lettre d’origine du T comme “tour” ou “turn”
- historiquement [4]
, [5]
on a calculé et utilisé aussi bien τ que π :
- Archimède détermina que π était proche de 22/7 à l’aide de polygones réguliers inscrits et circonscrits
- en 1424 le mathématicien perse Al-Kashi a déterminé 16 décimales de τ par une formule en base 60 [3]
- en 1697 le mathématicien écossais David Gregory utilisa la lettre π pour définir le périmètre mais définit la constante du cercle comme étant le rapport π/r , où r est le rayon, pas le diamètre…
- mais en 1706 William Jones utilisa le symbole π comme rapport du périmètre au diamètre, et Euler réutilisa cette notation dans son traité de 1737 qui fit autorité, jusqu’à aujourd’hui
- car enfin, pourquoi considérer le diamètre d’un cercle alors que toutes les équations usuelles du cercle , du cylindre du cône de révolution et de la sphère utilisent le rayon ?

Notes:
* exercice : trouvez des contre-exemples de formules dans lesquelles pi n’est pas multiplié par un nombre pair
Références:
Bob Palais , “π is wrong! ”, 2001, The Mathematical Intelligencer, Volume 23, Number 3, 2001, pp. 7-8. DOI 10.1007/BF03026846
Michael Hartl “Tau manifesto ”, 26 juin 2010
Peter Harremoës “Al-Kashi’s constant τ ", 2012
"à la recherche de π ” sur le site de Neamar
Petr Beckmann (1993). A history of pi. Barnes.

