L’obsolescence est-elle programmée ? 100


La notion d'obsolescence programmée est à la mode. Autrefois cantonnée aux milieux « progressistes », la cause est entendue notamment depuis le documentaire « Prêt à jeter » : les industriels contraignent les ingénieurs à limiter la durée de vie des produits pour en vendre plus et maximiser leurs profits, ce qui provoque gaspillage, déchets et autres catastrophes. Certains vont jusqu’à qualifier cette pratique de crime contre l’humanité [1] ! Aujourd’hui les média ne prennent plus aucune précaution oratoire lorsqu’elles abordent ce sujet, et même une association de consommateurs que je considérais comme sérieuse l’affirme sans sourciller [2]:

L’”obsolescence programmée ”contamine nombre de secteurs, de l’automobile en passant par l’électronique, les appareils électroménagers, les vêtements, les accessoires de mode, le mobilier, les jouets, etc., où les produits sont conçus pour une durée de vie toujours plus courte!

Pourtant, j’ai des doutes. Je sais que l’obsolescence programmée a été théorisée et même prônée [3]. Mais ne sais pas si elle existe réellement. Je précise d’emblée que mon doute est motivé par ma curiosité scientifique et rien d’autre : je comprends que vous puissiez y croire, mais moi je veux savoir. Donc je formule cet article comme une question : « L’obsolescence est-elle programmée ? »

Références s’il vous plait.

Car après avoir vu « Prêt à jeter » deux fois, analysé et compris la raison de la limitation de la durée de vie des ampoules fréquemment citée comme preuve, lu et contribué à plusieurs forums et discussions sur le sujet, et entendu Serge Latouche face à Alexandre Delaigue à la radio [4] je n’ai toujours trouvé aucun cas documenté d’obsolescence volontairement planifiée pour accroître la consommation.

Et je ne suis pas le seul. Dans un article récent dans « Pour La Science » [5], Alain Geldron de l’ADEME confesse:

Ces exemples (NdG : ampoules, bas nylons…) sont toutefois anciens et l’obsolescence programmée ne semble pas être la règle aujourd’hui. De nombreux témoignages d’utilisateurs font peser de sérieux soupçons sur quelques produits, telles des imprimantes qui tombent systématiquement en panne après un certain nombre d’impressions, mais ces cas restent rares et aucune stratégie des industriels pour limiter la durée de vie des produits n’a pu être prouvée.

Même la Wikipédia manque de références sérieuses sur l’obsolescence programmée :

Donc je me suis mis en quête de publications scientifiques sur le sujet. Je confesse n’avoir pas lu tous les articles in-extenso, mais j’ai lu les abstracts des 100 plus référencés environ, et parcouru une vingtaine de ceux qui me paraissaient intéressants. Voici mes deux principaux constats après ces lectures:

1 : Manque de consensus sur la définition.

Premier constat à la lecture de ces articles : le manque de consensus sur la définition même d’obsolescence programmée, que l’on discerne déjà dans les définition des deux articles Wikipédia mentionnées ci-dessus.

  • Pour certains auteurs la notion est plus ou moins celle celle de la wikipédia francophone : « techniques visant à réduire la durée de vie ou d’utilisation d’un produit afin d’en augmenter le taux de remplacement ». Cette définition « stricte », suppose des actions volontaires de la part des concepteurs du produit lui-même.
  • Pour d’autres, la notion recouvre un domaine plus large correspondant à la définition de la wikipédia anglophone : « policy of planning or designing a product with a limited useful life, so it will become obsolete, that is, unfashionable or no longer functional after a certain period of time. » Cette définition « large » inclut d’autres « types d’obsolescence » concernant des aspects partiellement liés au comportement des consommateurs (comme l’obsolescence esthétique, la mode), au business model du produit (vendre de l’encre plutôt que des imprimantes par exemple), ou carrément aux sauts technologiques.

Commet ça « obsolète » ? Avec ça on pourrait capter Radio Londres si on trouvait encore les pièces détachées…

Il est clair que l’obsolescence au sens large existe : rien que là sous mes yeux il y a deux laptops, une mini-chaîne, deux appareils photo numériques et trois téléphones portables non utilisés depuis des mois, en état de marche ou réparables « facilement ». Mon galetas regorge de livres comme « Programmer en Portal » ou « la Bible de Windows 3.1″. Et les armoires de mes filles contiennent encore quelques fringues de l’année passée, immettables cette année parait-il.

Mais cette obsolescence est-elle programmée, au sens strict ?

2 : Beaucoup de théorie, très peu de cas concrets

La très grande majorité de la centaine d’articles les plus référencés sont des études théoriques analysant si l’obsolescence programmée est économiquement payante dans tel ou tel modèle de marché. En gros:

  • Selon [6], une entreprise en situation de monopole a effectivement intérêt à raccourcir la vie de ses produits. Mais jusqu’à un certain optimum lié aux coûts de production
  • En situation d'oligopole les entreprises ont intérêt à allonger la durée de vie de leurs produits jusqu’à un autre optimum, pour éviter que les clients n’essaient le produit concurrent, juste pour voir.
  • Toutefois, [6] montre aussi que la meilleures stratégie en monopole et en oligopole consiste souvent à louer un produit plutôt que le vendre, et l’illustre par les données de Xerox (mono- puis oligopole des photocopieuses) et d’IBM (mono- puis oligopole des ordinateurs)
  • Dans des marchés de concurrence plus ouverte, les théoriciens se heurtent au problème de la modélisation du comportement des utilisateurs : on ne sait pas bien comment vous choisissez un produit parmi une dizaine*, et comment vous décidez plus tard de le remplacer par un autre. (voir [7] par exemple)

Très peu d’articles analysent des cas concrets. Sur 100, je n’en ai trouvé que 3 ou 4:

  • Un article de 1971 [8] sur le « style » des voitures américaines dans les années 1950. Selon les auteurs, si les fabricants avaient continué à produire les mêmes voitures pendant toute la décennie 1950 au lieu de lancer des nouveaux modèles, les consommateurs auraient payé $700 de moins pour leur voiture en 1960.
  • Un article sur un appareil photo japonais dont la durée de vie a été étendue. Auteurs : des employés de la marque…
  • Deux articles analysent la fréquence de réédition des manuels de cours (textbooks).  C’est intéressant ça : un marché où des produits durables ne sont utiles qu’un an, avec une forte concurrence du marché de l’occasion. Et bien, données à l’appui, l’auteur conclut que « les révisions fréquentes par les éditeurs ne peuvent être attribuées uniquement à l’obsolescence programmée. » [9]
  • plusieurs articles (concernant plus l’éthique comme [7] que l’économie) se réfèrent pour des exemples au livre [10] dont le documentaire « Prêt à jeter » s’inspire clairement, mais ce n’est pas une publication scientifique, basée sur des données expérimentales et évaluée par les pairs.

Voilà, c’est tout ce que j’ai trouvé, et j’ai pourtant pas mal cherché. Mais si vous connaissez une autre étude de cas scientifique (avec données expérimentales ou mesures ) sur le sujet, je vous serais vraiment reconnaissant d’en mettre la référence en commentaire.

Ce que je retiens de cette recherche bibliographique, c’est que les exemples communément cités d’obsolescence programmée au sens strict remontent à plusieurs décennies et/ou correspondent à des situations de marché particulières. Et surprise, il y a 14 ans quelqu’un était parvenu aux mêmes conclusions [11].

Alors, si c’était un mythe ?

Voici maintenant quelques arguments qui me font penser que l’obsolescence programmée est en grande partie un mythe:

  1. En plus de 20 ans d’expérience d’ingénieur R&D dans plusieurs entreprises, on ne m’a jamais demandé de limiter la durée de vie d’un produit, et je n’ai jamais entendu un collègue mentionner une telle directive. Mais j’admets que parfois, autour de la machine à café, on s’est demandés si le fait que d’anciens produits étaient « trop bons » ne limitaient pas les ventes actuelles.
  2. Certains sites prétendent que les produits sont conçus avec un composant qui en limite la durée de vie en flanchant systématiquement après un certain temps. A mon avis, si c’était volontaire, ce serait idiot car on aurait pu économiser sur le coût des autres composants. On se retrouve avec un produit cher, et la défaillance systématique du même composant risque de donner une mauvaise image du produit, voire de la marque.
  3. D’autres prétendent que les produits sont fabriqués de manière à ce que ce soit chaque fois un autre composant qui défaille. Quiconque a vu une usine de production moderne ne peut que sourire : il est techniquement irréaliste de produire en série des pièces différentes les unes des autres de manière contrôlée. Le fait que ce soit des pièces différentes qui cèdent indique que le produit a été bien conçu, avec des composants ayant environ la même durée de vie.
  4. Donc oui, je le reconnais, les produits sont conçus pour une certaine durée de fonctionnement. J’ai même reçu un cours là dessus, donné par un ancien ingénieur de Bolex, entreprise qui fai(sai)t de remarquables caméras dont je reparlerai plus bas.. Mais ce n’est pas de l’obsolescence programmée au sens strict parce que:
    1. la durée de vie perçue par le consommateur est souvent très différente de la durée de fonctionnement réelle **.
    2. le prix de revient du produit dépend fortement de la durée de fonctionnement prévue. Un moteur qui tourne 1000 heures ou 10’000 n’ont pas du tout le même prix.
  5. Or un nouveau produit, c’est très souvent une cible marketing définie par un prix. Il s’ensuit que la durée de vie, la réparabilité, la garantie etc. sont des conséquences du prix. Exemple spectaculaire: la Swatch. Or je note que l’argument du prix apparaît très rarement dans le « débat » sur l’obsolescence programmée.Et si l’obsolescence était une conséquence de l’apparition de produits bon marché plutôt qu’une cause ?
Voici quelques expériences personnelles pour illustrer ces différents arguments:

Ma chaîne hi-fi sans fusibles

On fait encore moins cher que la résistance 1 Ω : la piste de circuit imprimé qui fond. Une honte, mais ça protège toujours un composant plus cher…

Il y a près de 25 ans, j’ai eu l’occasion d’acheter une chaîne hi-fi censée être haut de gamme (à l’époque) avec un bon rabais universitaire. En branchant les hauts-parleurs, l’ampli claque (bon, ok j’aurais du l’éteindre avant…) Je cherche les fusibles des HP : je n’en vois pas. Le truc pesant quelques kg de radiateurs, j’appelle le service de dépannage où le technicien paniqué me dit « ah, ces amplis j’en ai jusqu’au plafond. On a mis des résistances de 1 Ω à la place des fusibles pour économiser quelques centimes… Si vous vous y connaissez je vous envoie des vrais fusibles à souder à la place, ça m’arrangerait…« . Je l’ai fait, mais ensuite les éléments de la chaîne sont morts l’un après l’autre au bout de 3-4 ans. Ce n’était pas de l’obsolescence programmée, c’était de la camelote. En vertu de l’argument No 2 je n’ai PLUS JAMAIS RIEN acheté de cette marque.

L’Electrolux de ma maman

Grâce à ce commentaire, zelectron m’a remémoré l’increvable aspirateur de ma maman, et de la sienne entre de nombreuses autres. Cet aspi Electrolux est tellement costaud qu’il a survécu jusqu’à YouTube:

Mais il y a une chose qu’on oublie, c’est que ces merveilleux aspirateurs immortels coûtaient très cher. Ma maman a retrouvé la facture de son Electrolux Z325 acheté en 1976 : CHF 648.- , soit environ 1125 Euros actuels en comptant une inflation de 2%. Selon [12], seuls 50% des ménages avaient un aspirateur à la fin 1968; si on extrapole la baisse de prix de 30% en 8 ans de l’électroménager (soit 4.5% par an), on trouve que les aspirateurs coûtent aujourd’hui environ 7.5 fois moins cher qu’en 1968. Comme un aspirateur Electrolux coûte maintenant dans les 200 Euros, celui de nos mamans coûtait l’équivalent de 1500 Euros actuels. Alors, quel aspirateur revient moins cher ? L’Electrolux à 1500 Euros sur 25 ans ou l’autre à 200 sur 4 ?

Si vous préférez le « durable », alors payez 1000 Euros pour un aspirateur dit « professionnel », dimensionné pour une utilisation quotidienne intensive, et ne l’employez qu’une fois par semaine : il durera des décennies  Et oui, on trouve des sacs pour ces aspirateurs pendant tout ce temps, parce qu’on a payé pour.

Corollaire : vous voulez une loi pour allonger les garanties et forcer les fournisseurs à garder des pièces de rechange en stock ? Pas de problème, mais quelqu’un va devoir payer pour ça. Vous.

La Bolex de mon papa

Mon papa possède encore une caméra Super 8, une Bolex 7.5 en parfait état de marche. Elle a filmé mon enfance et la vie de la famille à la fin des années 60, début des 70, puis les méchants japonais ont flanqué par terre notre belle industrie mécanique [13] avec leurs vidéos et autres gadgets électroniques bon marché.

Dans une caméra mécanique, il y a un mécanisme qui fait avancer le film par saccades de 24 images par seconde, et un obturateur qui s’ouvre et se ferme à la même cadence. Donc des pièces qui bougent avec des accélérations assez fortes pour se déformer un peu et causer de la fatigue des matériaux, des frottements qui les usent etc.

Au cours sus-mentionné, le prof nous avait demandé quelle durée de fonctionnement prévoir pour ce mécanisme. Par comparaison, un moteur de voiture tournant en moyenne 3000 tours par minute à 60 km/h de moyenne fait dans les 300 millions de cycles pour 100’000 km sans qu’on doive changer les soupapes. Rien de surprenant donc à ce que Bolex ait développé un mécanisme de caméra capable de prendre 1 million d’images sans panne. A 24 images par seconde, ça fait presque 700 heures de fonctionnement, soit un mois non-stop. Pas assez pour un ingénieur suisse des années 60, mais si le chef dit que ça suffit…

En fait ça suffit amplement : une bobine de film 8mm durait 3 minutes qui revenaient à environ 100 Euros avec le développement, donc on filmait avec parcimonie. Je dispose ainsi d’1h30 de film réalisé par mon papa entre 1968 et 1975. 13 minutes par an. Bon, disons qu’avec les chutes et les ratés il en a tourné le double : 30 minutes par an. Disons même qu’il n’était pas un cinéaste passionné, et que d’autres filmaient leurs gamins faisant les idiots dans la piscine une heure par an.

dans 40 ans la pub de GoPro sera aussi kitsch que celle-ci

Reste qu’avec 700h de fonctionnement de sa partie la plus délicate, l’espérance de vie d’une caméra Bolex normalement utilisée se compte en siècles! D’ailleurs le boitier est fraisé dans l’alu, recouvert de cuir, doté d’un objectif de qualité : tout est mis en oeuvre pour que les archéologues retrouvent l’engin en parfait état de marche.

« Il y a trois façons de se ruiner : le jeu, les femmes et les ingénieurs. Les deux premières sont les plus agréables, la troisième est la plus sûre » ( Auguste Detœuf J.M. Folz)

Comme sa chère Bolex chère (sic.) était flambant neuve lorsque les modèles sonores sont apparus, mon père n’en a pas changé. Et même lorsque les premières caméra vidéo sont apparues, il n’en a pas acheté vu que sa Bolex marchait très bien. Et Bolex a coulé, tellement ses clients étaient contents de leur achat, ou sont passés à la vidéo. Certes, les premières caméra vidéo ne duraient pas 700h. Peut être 70 à tout casser, mais c’était assez pour les quelques saisons de vacances avant la HD. Et le coût de la minute de vidéo a chuté, chuté …

Pour le prix de deux films super-8 de mon papa, je peux acheter une caméra actuelle sans aucune pièce mobile, supportant les chocs, l’eau et la neige et fonctionnant certainement plus de 7000 heures.

La Deuch’ de ma soeur

Vous ne le savez pas, mais je vous épie. Je peux savoir sur quel lien vous avez cliqué pour arriver sur cette page, et aller voir ainsi qui parle de cet article. C’est ainsi que je suis remonté de mon article sur l’ampoule de Livermore à une discussion sur « Forum 2 Pattes intitulée « Quand on construisait quelque chose pour que ça dure… » et vantant l’indestructible 2CV.  J’y ai posté le commentaire suivant (légèrement édité ici):

L’exemple de l’automobile m’intéresse. Prenons… la Charleston Bordeaux 1980 de ma soeur, qu’elle sort encore une ou deux fois par an. Selon ce site elle coutait 24800 NF soit 3780 Euro soit 1853 heures de boulot au SMIC de l’époque (2.04 Euro/h en 1980)

L’équivalent de cette 2CV de l’époque serait donc une bagnole valant 1852 x 9.4 = 17418 Euros actuellement, donc dans cette gamme. Ca m’inspire quelques remarques:

  1. Il y a aujourd’hui sur le marché des voitures à 10000 Euro qui n’avaient pas d’équivalent à 4 roues en 1980 : la voiture est devenue accessible à plus de monde, peut-être en sacrifiant un peu de qualité
  2. Encore que : même en oubliant la différence manifeste d’équipement, de sécurité et de consommation, je me demande qui gagnerait un match fiabilité ou durée de vie (en km) entre la 2CV de ma soeur et une Polo ou une Yaris actuelle (de même prix actualisés, je le rappelle…)
  3. Est-il vraiment plus économique de faire durer une voiture au maximum ? Je me pose la question chaque fois que je fais le plein de ma Merc classe C, comme neuve à 260’000 km au compteur, mais 9.2 l/100 km …

Conclusion.

L’obsolescence au sens large existe manifestement, mais je ne suis toujours pas convaincu qu’elle soit « programmée », au sens strict. Bon nombre des exemples communément cités sont anciens et peu ou mal documentés. Les trop rares études de cas spécifiques publiées ne démontrent pas l’existence de l’obsolescence programmée.

Personnellement, je pense qu’on attribue communément à l’obsolescence programmée des réalités économiques parfois mal comprises, entre autres:

  • Qu’il arrive que des produits aient des défauts. Pour un nouveau produit, c’est même très fréquent. Dans tous les cas, ça coûte très cher au fabricant, soit en frais de garantie, soit en terme d’image. Renseignez-vous avant d’acheter, et sachez que vous prenez plus de risques en achetant un produit qui vient de sortir.
  • Qu’un produit indémontable et irréparable est beaucoup moins cher que le produit réparable, mais il peut aussi souvent être plus résistant, étanche etc. On ne peut pas ouvrir un iPhone, mais quand il tombe il ne s’ouvre pas en éjectant la batterie… Choisissez, mais ensuite ne réclamez pas le beurre et l’argent du beurre.
  • Que certains produits « vendus » sont en fait loués : lorsque vous achetez une imprimante à 100 Euros, si vous enlevez la TVA, la marge du distributeur, les frais de transports etc, vous comprendrez qu’on vous la donne. Ensuite vous payez l’encre, proportionnellement au nombre de pages que vous imprimez, donc on vous empêche de les remplir ou d’acheter des cartouches de contrefaçon.  Mais c’est vrai, les fabricants n’expliquent pas le deal clairement.
  • Que les systèmes de production modernes se caractérisent par un écart type de plus en plus faible (Six Sigma), donc des durées de fonctionnement beaucoup plus constantes que par le passé. Un produit actuel conçu pour durer 1000 heures a peu de chances de fonctionner 1200 heures, mais pas moins de 800 heures non plus. C’est vrai que dans le passé, on pouvait « tomber sur un bon numéro » qui fonctionnait très, très longtemps. Mais il ne faut pas oublier les « mauvais numéros » qu’on revendait en vitesse à la brocante de la paroisse…
  • Que surtout, on ne réalise pas à quel point les prix des « biens durables » ont chuté en monnaie constante: les produits de nos parents coûtaient l’équivalent du haut de gamme actuel, donc il faut comparer ce qui est comparable. Et justement, il n’y avait rien de comparable à nos produits bon marché actuels.

Notes :

* ça me rappelle un cours de marketing ou le prof disait : « quand vous achetez une voiture vous comparez le prix, la puissance, la consommation, le volume du coffre. Et puis vous prenez celle qui vous plaît : l’acte d’achat est un acte irrationnel. »

** ce qui fait qu’il est très difficile de définir une garantie en années ou, du point de vue industriel, de déterminer une durée de fonctionnement correspondant à n années de possession par le client. Par exemple un aspirateur conçu pour 1000h durera 20 ans en étant utilisé 1h par semaine, mais seulement un an si un professionnel du nettoyage l’utilise 20h par semaine… En pratique on essaie de faire en sorte que seuls les quelques clients qui utiliseront le produit le plus intensivement bénéficieront d’une garantie en plus de ceux dont le produit est réellement défectueux. Donc la durée de fonctionnement prévue doit être largement supérieure à l’utilisation moyenne.

Reférences

  1. Stéphanie Marthely-Allard « L’obsolescence programmée contre l’humanité« , 9 septembre 2012
  2. « Conditionnement: le coût de la flemme« , FCR.ch, 2011
  3. Bernard London »Ending the Depression Through Planned Obsolescence« , 1932
  4. « L’iPod de nos grands-mères était-il vraiment plus solide ?« , Emission « du grain à moudre » sur France Culture, 3 octobre 2012
  5. Alain Geldron, « L’obsolescence programmée est-elle une stratégie répandue ?« , 2013, Pour La Science No 425
  6. ResearchBlogging.org Jeremy Bulow (1980). An Economic Theory of Planned Obsolescence Quarterly Journal of Economics, 101 (4), 729-750 DOI: 10.2307/1884176 (pdf)
  7. J. Guiltinan, « Creative Destruction and Destructive Creations: Environmental Ethics and Planned Obsolescence« , 2008, Journal of Business Ethics, vol. 89, no. S1, pp. 19–28, Aug. 2008.
  8. R. Sherman and G. Hoffer, “Does Automobile Style Change Payoff?,” Applied Economics, vol. 3, no. 3, pp. 153–165, 1971.
  9. T. Iizuka, “An Empirical Analysis of Planned Obsolescence” Journal of Economics Management Strategy, vol. 16, no. 1, pp. 191–226, 2007.
  10. Giles Slade "Made to break: technology and obsolescence in America" (2006) Harvard University Press ISBN:0674022033 WorldCat Goodreads Google Books  
  11. Steven E. Landsburg « Planning for Obsolescence- Not everything should last forever. », 1999, Slate
  12. « L’équipement des français en biens durables fin 1968 » Economie et statistique , Année 1969, Volume 3, Numéro 3, pp. 65-68
  13. Urs Maurer « Paillard – Bolex: il ne reste que le mythe » swissinfo.ch 2004

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100 Commentaires on "L’obsolescence est-elle programmée ?"


Invité
Dr. Goulu
1 mois 5 jours avant

d’accord sur tout (évidemment) :-)

Sur les bas nylons il y a http://econoclaste.org.free.fr/econoclaste/?p=7583 qui démonte ça ainsi:

Prenons un exemple utilisé dans le documentaire (Prêt à jeter), celui des collants féminins qui filent très vite, au point qu’il faut les changer toutes les deux semaines. Si un collant coûte 4€ et dure deux semaines, à l’issue desquelles les clientes en rachètent un, elles montrent à l’entreprise qu’elles sont disposées à dépenser 104€ par an en collants. Or, fabriquer un collant très solide coûte peut-être un peu plus cher à l’entreprise, mais certainement pas autant que de fabriquer 26 collants vendus 104 euros. Elle pourrait donc réaliser un profit largement supérieur, en vendant par exemple un collant garanti un an (avec remplacement gratuit s’il se file entre-temps, pour rassurer les clientes) pour une centaine d’euros.

Un problème des longues garanties, c’est que ça coûte. Si le client/citoyen/écolo est prêt à payer pour qu’on garde en stock pendant 5 ou 10 ans des pièces de rechange de son produit, ou la capacité de les produire, pas de souci.

Le problème principal, c’est qu’une durée de garantie en années ne correspond pas à une utilisation donnée d’un bien de consommation. Un aspirateur garanti 5 ans, c’est pour vous qui l’utilisez 1h par semaine dans votre studio (250 h en 5 ans) ou pour l’entreprise qui nettoie des bureaux 2h chaque soir, 10 heures par semaine, 2500 heures en 5 ans ? La voiture garantie 5 ans, c’est pour aller au boulot dans les bouchons, pour le représentant qui fait 1000km d’autoroute par semaine ou pour le fermier namibien qui fait 300km de piste caillouteuse pour emmener ses enfants au pensionnat chaque week-end (vécu…) ?

Pour une durée de garantie « courte » on arrive à couvrir les différentes utilisations avec un même produit, pour une durée plus longue il faudra interdire de vendre des aspis ménagers aux pros, et faire une voiture avec boite à vitesse / moteur / amortisseurs adaptés à l’utilisation du client…

Ou alors on met des puces espion/compteur et la garantie devient « 100’000 passages de vitesses, ou 3000 heures moteur, ou 10 millions d’oscillations de plus de 1cm de l’amortisseur » … Compter 3 pages pour une voiture standard…

Invité
Caro*La*Bigoudène
1 mois 5 jours avant

Je ne savais pas ce qu’était une situation d’OLIGOPOLE alors j’ai donc cliqué pour voir la définition : une situation où la demande est plus importante que l’offre.

Dans votre article, vous dîtes que dans une situation oligopolistique, le vendeur doit augmenter la durée de ses articles afin que l’acheteur n’aille pas acheter ailleurs…

Mais si la demande est plus importante que l’offre, l’acheteur aura eu du mal à se procurer le produit, alors comment ira-t-il voir la concurrence si le nombre d’articles à vendre est limité ?

Sur Wikipédia, il est écrit que la demande étant plus forte que l’offre, elle assure à une entreprise la vente de ses produits, quel que soit le prix ou la qualité… A moi d’ajouter, certainement, la durée de vie également…

Ai-je tort de raisonner ainsi ?
Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ?

Invité
Dr. Goulu
1 mois 5 jours avant

Effectivement, en oligopole toutes les entreprises vendent leur produit (s’il n’est pas trop pourri), mais si le produit A a une durée de vie (qui est un critère de « qualité » selon moi) trop faible aux yeux des consommateurs, ils iront (ou essaieront d’) acheter le produit B lorsque leur A sera fichu (et reviendront peut-être vers A s’ils constatent que B n’est pas meilleur). Les fabricants A et B ont donc intérêt soit à s’entendre pour réduire la durée de vie (ce qui est interdit, et correspond à la situation reprochée au « Cartel de Phoebus » pour les ampoules mais qui n’a pas été retenu contre eux), ou au contraire à augmenter la durée de vie (et le prix) pour ne pas perdre des parts de marché.

En fait ce n’est pas moi qui le dit mais la référence [6] que vous pouvez lire (en anglais) ici : https://faculty-gsb.stanford.edu/bulow/articles/an%20economic%20theory%20of%20planned%20obsolescence.pdf la deuxième page traite de l’oligopole en texte assez lisible, la page 737 est consacrée à l’ « Oligopolistic Optimization Problem » et malgré les maths qui peuvent faire peur, on peut lire que si l’allongement de la durée de vie réduit les ventes des concurrents dans la « seconde période » qui suit la phase transitoire où les produits sont lancés sur le marché, alors on a intérêt à augmenter la durée de vie, sinon à la diminuer. Je vois maintenant qu’il cite un autre article ( http://www.dklevine.com/archive/refs4232.pdf ) qui démontre qu’il existe en fait plusieurs couples prix/durée de vie optimaux en oligopole. Donc effectivement il se pourrait que A soit cher+durable et B bon marché+jetable et que les deux s’en sortent en oligopole, mais à mon humble avis ils visent alors de segments de marché différents…

Invité
wasabi
3 mois 19 jours avant

Dommage, encore un article ou on mélange défaillance programmée et obsolescence programmée. Le mot obsolescence a un sens très précis en français et ne signifie pas qu’on ne peut plus l’utiliser parce qu’il ne fonctionne plus, mais qu’on ne peut plus l’utiliser car il est dépassé (exemple : une imprimante avec port parallèle en état de fonctionnement sur un ordinateur actuel qui ne propose plus ces ports. On dit alors que l’imprimante est obsolète). L’obsolescence programmée c’est le fait de penser à un changement technologique ou réglementaire qui n’apporte aucune amélioration pour le particulier mais qui nécessite de se rééquiper ou de mettre son matériel à la poubelle et acheter un produit de substitution.

Exemples :

-Le passage de DVI à HDMI pour la vidéo

-le changement de la norme son de la TNT HD en France au dernier moment afin de rendre les tuners HD vendus avant la première diffusion HD incompatible

-le changement de norme de cryptage mediaguard / viaccess des décodeurs CANALSAT propriétaires

-le changement de connecteur chez Apple à partir de l’Iphone 5

-les nouvelles réglementation anti cheminée à Paris qui vont amener les gens à s’équiper en insert en banlieue et dont l’interdiction suivra celle du centre ville dans quelques années

-Tous les formats propriétaires de média à durée de vie très limité dont certaines marques se sont faits les spécialistes. Souvenez vous du bétamax, de l’UMD, du mini disc, du memory stix, du HD DVD, des lecteurs de ZIP « IOMEGA »,

etc…

Invité
Dr. Goulu
3 mois 19 jours avant

En fait « obsolescence programmée » c’est juste pour faire de l’audience, car les éventuelles recherche de « défaillance programmée » mènent principalement à vos commentaires sur d’autres sites, wasabi ;-)

Mais l’Académie Française vous donnerait certainement raison, ce qui est communément appelé « obsolescence programmée » recouvre en fait la « défaillance programmée ».

Et l’obsolescence est bien réelle telle que vous la décrivez. Dans les « etc ». on peut remonter sans problème à la machine à vapeur, aux moines copistes, aux chiffres romains voire au silex, obsolète depuis l’age du bronze…

La question est de savoir si toutes ces inventions étaient volontairement « programmées » pour devenir obsolètes. Je doute que les concepteurs du betamax (Sony) et ceux du V2000 (Philips) se soient dits « on lance ça au niveau mondial avec des milliards, des accords colossaux avec studios de cinema et d’autres marques, mais on sait que c’est le VHS de JVC qui va devenir le standard… ». Il y a des batailles à répétition pour devenir le standard du marché, et c’est le marché, c’est à dire vous, chers consommateurs, qui élisez le vainqueur.

La victoire n’est que provisoire, jusqu’à la prochaine bataille. Vous avez acheté un perdant ? Dommage, il fallait vous renseigner, ou attendre…

On peut éventuellement discuter du cas de certaines normes, voire de systèmes qui ont été mis en place pour bloquer le piratage. Effectivement, ils n’apportent « aucune amélioration pour le particulier », si ce n’est d’assurer une rentabilité suffisante aux fournisseurs de contenu pour qu’ils continuent à vous fournir du nouveau contenu…

Restent les standards et réglementations nationaux dont vous avez le secret en France, genre phares jaunes, secam ou alcootests obligatoires dans les voitures. Là je ne dis rien, parce que je suis Suisse : je rigole en silence.

Invité
Dr.Wily
5 mois 12 jours avant

Je poste ici en réponse au commentaire sur PCinpact

J’apprécie la démarche scientifique, elle permet de rester rigoureux dans le développement d’une idée sans se disperser. En revanche, je ne pense pas que la méthode utilisée dans l’article soit la bonne. Loin de moi l’idée de discréditer ce billet que j’ai lu 3 fois pour être sur de ne rien rater. Mais il utilise finalement les mêmes procédés que les défenseurs de l’obsolescence programmée. A savoir un retour d’expérience par rapport au passé mais campé du coté de l’ingénieur si je puis dire.

Je dois l’avouer, la première foi j’ai lu en diagonale. A chaque nouveau paragraphe je pouvais déjà en déduire sa conclusion, pour moi c’est mauvais signe. Lors de ce genre de lecture je procède toujours de cette façon pour 2 raisons :

– le temps
– et également pour vérifier si la démarche sort des sentiers battus. En utilisant une rigueur scientifique (mais pas trop nos ne somme pas des machines) mais en faisant abstraction de son métier et du contexte plus ou moins polémique.

Je sais d’avance que j’aurais à faire à un billet rédiger par quelqu’un qui a de l’expérience en la matière. En aucun cas je ne la remets en cause. Par contre, à l’image du « mythe du survivant » ce qui survit ici c’est l’expérience et la vision du coté : « 25 ans de carrière d’ingénieur R&D » et qui est le résultat de mon expression « trop honnête », c’est a dire qu’a partir du moment où je lis ça, je ne peux pas m’empêcher de penser que vos conclusions sont basées sur votre expérience passée d’honnête ingénieur dans son métier. Comme celle des utilisateurs qui adulent les vieux produits… parce qu’ils sont encore là. Eux aussi sont honnêtes quand ils constatent malgré eux que certains produits lâchent trop rapidement. A cela vous y avez appliqué des critères de comparaison avec les mêmes produits récents. Ils sont tous implacables, notamment l’exemple de la 2CV et de la Bolex. Dans ce cas, je sais déjà quel sera la conclusion de l’article à savoir :

« L’obsolescence au sens large existe manifestement, mais je ne suis toujours pas convaincu qu’elle soit « programmée », au sens strict. »

Sauf que, tout comme les fanatiques de l’obsolescence programmée vous ne comparez que par rapport à de l’ancien. Ce qui me semble logique au vu de la définition concrète (par les faits) de ce qu’est l’obsolescence programmé. Je ne vais pas vous mentir, je suis beaucoup plus du coté de la définition du wiki français. C’est à dire au sens strict. Au contraire, je ne suis ni pour la décroissance (ce qui serait un comble dans mon métier) ni un fanatique écolo. Les clichés des uns sont parfois les vérités des autres. Si les utilisateurs pensent tous que les industriels sont des vendus, alors que de l’autre coté on trouve des ingénieurs persuadés que l’obsolescence programmée est forcement soutenu par des écolo-décroissant… Heureusement il existe un juste milieu.

Mais l’obsolescence programmée, contrairement à votre postulat de départ basé sur la doxa de ce concept (comparaison ancien / nouveau produit) est faut. L’obsolescence programmée ne concerne pas la comparaison de l’ancien et du nouveau. Mais un état de fait sur certains produits spécifiques, plus précisément dans le domaine de l’électronique et de l’informatique grand public et uniquement dans ces domaines. Puisque ces produits n’existaient pas ou peu il y a 15 ans, donc pas de comparaison possible.

En tant qu’ingénieur R&D vous savez quelles sont les contraintes qui aboutissent à de la camelote. Mais est-ce cela réfute pour autant l’existence d’une volonté, sur certains produits, de limiter leur durée de fonctionnement ? Votre expérience et votre expertise apporte des éléments en termes de conception selon certaines contraintes (le prix). Votre article dresse de manière claire et précise cette corrélation entre l’utilisation, la durée de vie et les conditions de fabrication de l’appareil. Mais encore une fois cette démonstration est faite depuis le piédestal de l’ingénieur honnête avec son métier et surtout totalement agnostique par rapport aux composants à utiliser. Ainsi, si tel composant est neutre avant son intégration dans un appareil, il peu très bien servir à fin de limitation de durée de vie. L’exemple des efuse, fusible software est flagrant par exemple.

Toutefois, le problème avec l’obsolescence programmée c’est qu’elle ne concerne pas les produits du passé. Mais les produits modernes d’aujourd’hui. Le problème du documentaire d’Arte est qu’il a vulgarisé l’obsolescence programmée en faisant une comparaison foireuse avec d’anciens produits censé être plus robuste (le coup de l’ampoule est débile au possible). Votre article reprend ce canevas mais du coté de la réalité industrielle. Ce que je reproche a votre article, et quasiment à tout ceux qui doutent (ce n’est pas péjoratif au contraire même) de l’obsolescence programmée c’est qu’ils sont tous basés sur la comparaison ancien/nouveau. Ils sont le reflet opposé (avec plus de rigueur certes) du docu « Prêt à Jeter » et de ce que les utilisateurs ressentent selon leur vécu. Tout ces articles fustigent le vécu de l’utilisateur (quand il ne l’insulte pas carrément de débile) et sa façon de voir les choses au lieu de se pencher sur une véritable étude technique des produits suspectés d’être limités dans leur cycle de fonctionnement. Commençons par décompiler et étudier le fonctionnement des imprimantes suspectées d’être vérolée par exemple…

On recherche dans, l’obsolescence programmée la preuve flagrante d’une limitation de durée de vie. Or, elle n’est pas une limitation de la durée de vie, mais une panne bloquante. L’appareil n’est pas arrivé en fin de vie (usure générale). Il est fonctionnel, sauf qu’un de ses éléments l’empêche de fonctionner. Le système de production / réparation est ainsi fait que l’achat d’un appareil neuf est plus valable en terme de prix que la réparation. La cause de la panne étant plus difficile à trouver. On remarque dans ce cas que les pannes sont toujours les mêmes et sont rarement matérielles. Certaines imprimantes font un bon exemple pour cela puisque la plupart des pannes sont logicielles.

La où je vous rejoins c’est sur les exemples tel que celui du fusible qui est simplement un défaut de conception. Mais comment, dans ce cas différencier le défaut de conception d’une limitation volontaire de durée de vie ? A ce jour, je n’ai trouvé aucun article concernant une étude du fonctionnement software des produit connu qui tombent en panne systématiquement après un certain nombre de cycles (notez que je n’emplois pas le mot « temps ») ou qui sont conçus pour une forme d’autodestruction (pas au sens explosion mais au sens désactivation).

Je prends l’exemple d’une imprimante laser. Le tambour de cette imprimante est équipé d’une eeprom qui enregistre le nombre de cycle qu’à effectué ce tambour. Dans le firmware de l’imprimante un algo vérifie ce nombre de cycles. Arrivé à un certain stade il préviendra qu’il faut changer le tambour. Puis, à un stade plus avancé il bloquera le fonctionnement de l’imprimante. Ce procédé est naturellement fait pour protéger l’imprimante d’un dysfonctionnement du à l’usure du tambour, c’est une sécurité. Il n’est pas là pour limiter le fonctionnement de l’imprimante dans le temps. Ca c’est l’usage normal. Et généralement, un effacement des données de l’eeprom du tambour permet de le réutiliser.

Mais alors toute les imprimantes seraient devenues ultra sécuritaires ? Se bloquant à la moindre poussière ? Les fabriquants reprochent aux utilisateurs d’utiliser leur matériel de façon alternative ou carrément de les maltraiter, pour je ne sais pas… payer moins cher leur cartouche d’encre. Changer la batterie d’un téléphone portable lorsqu’elle est usée. Faire réparer sa TV sans en changé toute la carte mère, fournir les documents nécessaires à une réparation précise. L’exemple de Sony et de sa Playstation 2 qui avaient de réels défauts de calibration de la lentille optique qui ne lisait plus CD et/ou DVD). Sony a eu le culot de dire que c’était du a une mauvaise utilisation de la console par les utilisateurs ! L’obsolescence programmée c’est tout ça. Le prix bas d’un produit ne justifie pas le fait qu’ils doivent tomber en panne, et je ne parle pas de petits constructeurs chinois éphémères mais bien de grandes marques qui ont les moyens de fournir la documentation nécessaire au maintient en vie des produits qu’ils vendent.

L’obsolescence programmée au sens strict, n’est pas que la volonté de limiter intentionnellement la vie d’un produit, c’est aussi et surtout le fait d’entraver sa réparation, et de freiner le phénomène DIY apporté par internet. L’obsolescence programmée au sens strict est une attitude des industriels pour maitriser la vie de leur produit une fois lâché dans la nature. Cette attitude est comparable à celle des maisons de disques qui râlent parce qu’elles n’ont plus la maitrise des œuvres qu’elles distribuent. L’obsolescence programmée n’est pas née d’une intention, mais du système économique dans lequel nous sommes. Les industriels qui la dénient sont les mêmes qui en profite mais qui trouvent comme alibis le contexte économique. Distribuer la documentation nécessaire à la réparation de leur produit ne les ruinera pas.

Les fait sont là, les appareils grand public électroniques ou contenant du soft lâchent plus que de raison. Ce fil de commentaire regorge de témoignages, mais on en trouve aussi sur le web et non pas parce que l’on trouve tout et son contraire sur le Web. Alors, c’est un fait que des appareils de grandes marques tombent en panne systématiquement d’une certaine manière. On appel ca comme on veut, obsolescence programmée ou camelote, mais c’est là. Et même si la cause n’est pas directement humaine (systémique dans ce cas, mais j’en doute) elle est tout de même gênante matériellement, écologiquement et surtout déontologiquement. Alors, l’obsolescence programmée, appelons ça comme on veut, n’est qu’un moyen de défense contre des procédés de fabrication douteux et qui se moquent totalement de l’utilisateur final. En tant que tel, la méthode est sans doute discutable et à ras les pâquerettes, mais ce n’est pas plus sale que de produire des biens périssables en connaissance de cause en prétextant la crise et le cahier des charges.

Invité
Dr. Goulu
5 mois 10 jours avant

Merci pour ce long commentaire, je ne vais pas répondre à tout, juste aux principales idées que j’ai repérées.

Effectivement cet article traite de l’ « histoire » parce que c’est en quelques sorte une réponse aux histoires sur l’obsolescence programmée souvent rabâchées (ampoules, bas nylons etc). Et aussi parce que les études scientifiques prennent du temps, se réfèrent entre elles etc, donc concernent effectivement le passé.

Vous dites « A ce jour, je n’ai trouvé aucun article concernant une étude du fonctionnement software des produit connu qui tombent en panne systématiquement après un certain nombre de cycles ». Moi non plus, et c’est bien le problème. Tant qu’il n’y aura pas un test montrant un pic de pannes d’un appareil donné dans la distribution normale de la durée de vie, ça restera une impression, pas un fait.

Mais ça tombe bien, j’ai écrit pas mal de soft embarqué pour des machines industrielles et je vois assez bien un certain nombre de problèmes qui peuvent survenir « à la longue ». Le principal est le compteur de cycles de x bits qui va retomber à 0 après 2^x cycles. Ou les piles qui maintiennent une petite mémoire RAM active même quand l’appareil est éteint, ou, plus vicieux, les mémoires flash qui ne supportent qu’un nombre limité d’écritures. Et effectivement, un gros problème est qu’on ne peut pas tester un appareil en utilisation normale pendant sa durée de vie prévue avant de le mettre sur le marché. Donc on vend un produit peu testé, c’est vrai.

A mon avis le marché de l’électronique actuel est caractérisé par deux aspects : la production de masse et l’évolution technologique.

La production de masse permet d’obtenir des prix de production très bas grâce aux énormes quantités produites. Effectivement, ça conduit à des appareils irréparables, ou réparables à des prix prohibitifs.

L’évolution technologique provoque en effet l’obsolescence dans les domaines qu’elle touche. Tout comme la Super8 de mon papa, un appareil qui dure au delà de la durée d’utilisation réelle est un gaspillage encore plus grand que de jeter un gadget au bout de deux ans : on a payé trop cher trop de matière et trop de travail humain pour le service rendu.

Donc sur le fond il me semble que nous sommes assez d’accord : on vit dans un monde de fous, mais il n’y a pas de cas vraiment établi où on a « raccourcit délibérément la durée de vie ou d’utilisation potentielle de ce produit afin d’en augmenter le taux de remplacement. ». Or c’est bien de cela qu’il est question dans la loi votée à l’Assemble Nationale

Invité
Loudubewe
1 année 1 mois avant

Merci pour cette synthèse bien intéressante de la littérature sur l’obsolescence dite programmée.

Mais qu’en est-il de ces vis aux têtes toujours plus originales, parfois de formes différentes sur le même appareil ? Et il faut aussi disposer de la version longue des tournevis car ces vis sont parfois profondément encastrées.

L’argument d’une fabrication plus économique par l’usage d’outils plus ergonomiques me paraît douteuse (voir photo). Et l’argument de la sécurité du consommateur est certainement très discutable. Qu’en penseraient des associations de consommateur.

Qu’en pensez-vous ?
Louis
http://www.quelfutur.org

Invité
Dr. Goulu
1 année 1 mois avant

Je dirais que ça n’a pas grand chose à voir avec l’obsolescence programmée : si il y a des vis, c’est que quelqu’un peut ouvrir, sinon ce serait collé, soudé etc.

Entre parenthèses il existe des produits ouvertement irréparables, comme la Swatch par exemple. C’est intéressant d’écouter un de ses créateurs expliquer les raisons et les conséquences énormes de ce choix.

Personnellement je me rappelle très bien des premières vis « de sécurité » que j’ai vu. C’était sur un le McIntosh que j’ai sorti du carton en 1984 dans une boutique qui vendait aussi des Apple ][ qui étaient toujours ouverts, avec des cartes plantées dedans , des câbles qui sortaient, et des miettes de pain dans les circuits. L’idée était que vous n’aviez aucune raison d’ouvrir le Mac si vous n’étiez pas le service après-vente de Apple, puis ils ont donné des tournevis spéciaux aux revendeurs agréés, et maintenant on trouve des tournevis partout si on a une bonne raison d’ouvrir…

Invité
Samuel
1 année 2 mois avant

Cher Dr Goulu,
Merci de faire la lumière, littérature scientifique à
l’appui, sur le fait que l’obsolescence programmée ne semble pas se trouver du côté
de la conception des produits manufacturés. Cela ne permet cependant pas de conclure à l’inexistence du phénomène, qui se trouve simplement ailleurs: dans la fabrication du désir que les consommateurs ont de se procurer de nouveaux objets alors que les anciens remplissent encore leur fonction.
Une sphère d’activité très importante, en essor constant depuis les années 1920, est entièrement vouée entièrement à la création de cette demande: c’est la technique du marketing. Il n’est pas nécessaire, pour une entreprise, de prendre le risque de se donner une mauvaise image en fabriquant des produits qui brisent très rapidement; elle peut tout simplement convaincre le consommateur que le produit qu’il possède déjà n’est plus adéquat et qu’il lui en faut un nouveau.
C’est le concept de la « destruction créatrice », théorisée par Joseph Schumpeter, et dont les dangers sont brillamment exposées le philosophe Bernard Stiegler.
Si l’obsolescence n’est pas mécaniquement programmée par les ingénieurs, il ne fait cependant aucun doute qu’elle est entièrement fabriquée par la science moins exacte du marketing.

Samuel

Invité
Dr. Goulu
1 année 2 mois avant

Selon la wikipédia, la destruction créatrice ne correspond pas à ce que vous dites : c’est  » l’innovation portée par les entrepreneurs (qui) est la force motrice de la croissance économique sur le long terme ». Donc c’est l’innovation qui rend les anciens produits obsolètes pas la « création de la demande ».

Je ne voudrais pas trop m’écarter du sujet, mais le fait qu’on puisse « créer une demande » est pour le moins contesté. En marketing on distingue en effet le « marketing de la demande » et le marketing de l’offre qui « cherche à créer une demande non exprimée. » Notez le « demande non exprimée ». Personne n’avait besoin de téléphones portables, car la demande de communiquer avec quelqu’un n’importe où était une « demande non exprimée » car on ne pensait pas que c’était possible. De même, la voiture n’était pas une demande exprimée. Comme le disait Henry Ford « “Si j’avais demandé aux gens ce dont ils ont besoin, ils auraient demandé des chevaux plus rapides », mais la vraie demande était de pouvoir aller vite n’importe où.

Et c’est là qu’on retrouve la « destruction créatrice » : les innovations qui ont permis la satisfaction de ces besoins non exprimés a mis sur la paille les fabricants des jolis câbles spiralés qui reliaient les combinés téléphoniques d’antan et les maréchaux-ferrants.

Dommage, il me reste encore un combiné téléphonique de 1953 et un fer à cheval en parfait état : je les ai donc payés trop cher, je ne ferai plus la même erreur ;-)

Invité
MARECHAL Fernand
5 mois 9 jours avant

Dr Goulu, gardez-le précieusement votre fer à cheval et donnez-le à vos enfants. Un de ces jours il risque de servir…

Invité
JoLaGrimace
1 année 3 mois avant

J’ai acheté un lave vaisselle il y a deux ans. Le dessous de 4 piques qui permette de tenir les assiettes du panier du bas on vu leur revêtement se décoller au niveau de la pointe (pas du haut mais du bas). Le métal c’est mis à rouillé. Il ne faut pas être ingénieur pour savoir qu’une matériau oxydable dans un environnement plein de flotte est soit idiot, soit une escroquerie … soit de l’obsolescence programmé.

« L’obsolescence programmé » c’est l’autre nom pour « On vous vend de la merde ». Et le problème c’est que mettre le prix n’est absolument pas un gage de qualité, même une « grande marque » de nos jour ça ne veut plus dire quand chose (ma chaine hifi Philips ne me dira pas le contraire avec sont lecteur cd qui c’est mis rapidement à galérer pour lire des CD-R).

Pour compléter ma petite histoire :

Pour mon souci de panier qui rouille, que j’ai constaté par hasard quand remettant du sel, j’ai nettoyé et mis de la colle qui tiendra le temps qu’elle tiendra … et qui m’a couté 10€, j’aurais largement préféré mettre 10€ de plus dans une machine avec un panier inoxydable ! Mais curieusement c’est écrit nul part …

Quand j’ai cherché des solutions, j’ai cru comprendre que les paniers peuvent s’acheter … au prix d’un demi lave vaisselle … si ça c’est pas pour faire tourner le business …

Invité
Dr. Goulu
1 année 4 mois avant

« Aucun de vos arguments ne s’oppose à l’existence de l’obsolescence programmée » Vous avez parfaitement raison, et si vous avez lu l’article vous n’avez pas pu passer à côté du paragraphe :

Pourtant, j’ai des doutes. Je sais que l’obsolescence programmée a été théorisée et même prônée. Mais ne sais pas si elle existe réellement. Je précise d’emblée que mon doute est motivé par ma curiosité scientifique et rien d’autre : je comprends que vous puissiez y croire, mais moi je veux savoir. Donc je formule cet article comme une question : « L’obsolescence est-elle programmée ? »

donc inutile de vous énerver, d’autant plus si vous avez des réponses à mes questions.

« de par votre formation d’ingénieur je suppose que les considérations d’investissements et de ROI n’existent pas ». Vous devriez vérifier alors ;-) Je ne sais pas dans quel monde vous vivez, mais le ROI (ou d’autres indicateurs similaires) est juste la 3ème question posée au lancement de n’importe quel projet, et j’en ai vécu quelques uns… Or justement je n’ai jamais vu la durée de vie d’un produit dans des specs ni un dans un calcul de ROI. Dans les specs ou calcul de ROI, il y a un prix cible et un volume : on veut faire 100’000 aspirateurs à €100, combien ça coûte et combien ça rapporte ?

« Une camera aujourd’hui n’est qu’un agrégat de technologies éprouvées et rentabilisées depuis longtemps. » Depuis combien longtemps ? Depuis les premières CCD et mémoires flash ou depuis le super-8 ? Je ne comprends pas ce que vous voulez dire avec le Dyson (j’en ai eu un, c’est le plastique du raccord du manche qui a pété. La deuxième fois je l’ai balancé et pris un Elecrolux beaucoup moins cher)

Si mon calcul de la valeur actuelle d’un bien en tenant compte de l’inflation n’est pas sérieuse, je serai ravi de connaître votre calcul à vous pour m’expliquer pourquoi seuls 50% des ménages avaient un aspirateur en 1968 contre la quasi totalité aujourd’hui …

N’importe quel aspirateur peut durer 60 ans si vous ne l’utilisez pas. Les appareils électro-mécaniques de l’ampoule ont une durée de vie en heures. Evidemment, si un produit lâche juste après la garantie on est pas content, mais il y en a aussi qui durent beaucoup, beaucoup plus longtemps que la garantie. Alors soit certains fabricants sont tellement stupides qu’ils n’ont pas encore compris qu’ils pouvaient gagner plus en faisant de la camelotte, soit il faut peut-être envisager la possibilité que la durée de vie d’un produit ait une distribution assez étalée, avec un tout petit pourcentage dans la garantie sinon on se plante avec le ROI, et un gros pourcentage bien après la garantie pour que les clients soient contents et rachètent la marque. Mais pour accepter cette hypothèse, il faut connaitre un peu les statistiques …

Concernant votre PS3, je ne sais pas si c’était ce problème (un lien est toujours si pratique et facile, pourquoi ne pas en faire plus ?) Effectivement, ça sent mauvais. C’est volontaire ? Imaginez le scandale si un ingénieur de Sony ou un document rendait ça public. Ca coulerait la boîte. Vous pensez qu’ils prendraient un risque pareil ? Surtout qu’apparemment ils perdent de l’argent en vendant des PS3 (ils le récupèrent sur les jeux). Expliquez-moi donc l’intérêt de Sony de faire de l’obsolescence programmée pour perdre plus d’argent en remplaçant des PS3 vendues à perte … Est-ce que je mérite vos noms d’oiseaux parce que j’ose prétendre que c’était peut-être une réduction de coûts qui a mal tourné et qui a coûté très cher à Sony ?

Pour les imprimantes, je ne comprends pas non plus pourquoi les fabricants arrêtent de produire des cartouches vu que c’est justement sur les cartouches qu’ils gagnent, et pas sur les imprimantes qui sont « données », voire vendues à perte aussi. Ni surtout pourquoi ils font des cartouches différentes à chaque nouvelle imprimante. Je pense que c’est pour limiter la contrefaçon des cartouches, mais si quelqu’un a des infos fiables, ça m’intéresse.

Je note que vos exemple sont du même type que les miens : choisi pour illustrer différents types d’obsolescence parce qu’il n’y a toujours absolument aucune étude scientifique qui démontre que l’obsolescence programmée (au sens strict cf. article) existe. Qu’y-a-t’il donc de mauvais à ma « prise de position » qui consiste à dire que puisqu’il n’y a pas de preuve d’existence, c’est peut-être que ça n’existe pas ?

Pour les aspects environnementaux, je vous rejoins à 100%. Si tout le monde utilisait des Mercedes, Rolex, Miele etc, il y aurait beaucoup moins de déchets. C’est embêtant tout ces gens qui ne sont pas millionnaires et qui veulent aussi une voiture, une montre, de l’électroménager et plein d’objets que leurs grands parents n’avaient pas. Et bientôt les chinois, les indiens et les africains suivront …

Vite ! Introduisons des taxes écologiques et de recyclage, et augmentons les durées de garantie pour que les fabricants répercutent les coûts sur les produits, comme ça les indiens ne pourront pas se les payer et auront plus de temps pour se trier de vraies puces sur la tête plutôt que celles en silicium dans les décharges…

(oui, ok, je l’admets, des fois je provoque un peu…)

Invité
Sylvain
1 année 4 mois avant

Passionnant. Bravo docteur, et bravo à tous les commentateurs.

1 année 6 mois avant

Envoyé ce message à l’émission A Bon Entendeur de la RTS à propos de leur émission d’hier soir:

Bonjour,
votre émission sur l’obsolescence programmée était… moyenne.

Vous l’avez commencée par une erreur factuelle : le « cartel Phoebus » n’a pas été condamné pour avoir limité la durée de vie des ampoules à 1000 heures, mais seulement pour entente sur les prix. Il existe une raison physique pour laquelle les ampoules sont les plus économiques lorsqu’elles durent 1000 heures, je l’explique ici : http://www.drgoulu.com/2011/10/16/la-veritable-histoire-de-lampoule-de-livermore/

De plus, votre expert qui a dit que l’obsolescence programmée est impossible à prouver aurait du vous inciter à la prudence. En effet, il n’existe pratiquement aucun cas documenté dans la recherche scientifique. ( http://www.drgoulu.com/2013/05/01/lobsolescence-est-elle-programmee-2/ )

Comment se fait-il donc qu’une pratique supposée généralisée dans l’industrie ne soit pas mieux documentée que cela ? Votre émission a touché plusieurs fois des aspects de la réponse, mais sans jamais les creuser :

comment fait-on pour déterminer la durée de vie d’un produit par rapport à la durée de garantie ? (vous auriez découvert que la durée de vie moyenne doit être un multiple de la durée de garantie pour que moins de 10% des produits tombent en panne pendant la garantie, et que par conséquent 10% des produits ne tombent en panne que très très longtemps après…)
pourquoi fait-on des produits indémontables ? Vous auriez pu le demander à Elmar Mock, inventeur de la Swatch, un modèle de la révolution industrielle suisse…
Indiquer le prix par heure d’utilisation (ou par feuille imprimée sur une imprimante par exemple) est une bonne idée d’Adèle Thorens et d’autres. Mais vous pourriez être très surpris du résultat… Malheureusement, le prix des produits « durables » est très souvent plus élevé que celui des « jetables » (cf. calcul de l’aspirateur de ma maman (ex présidente de la FRC…) dans l’article http://www.drgoulu.com/2013/05/01/lobsolescence-est-elle-programmee-2/), sans parler du bilan écologique d’un réfrigérateur ou d’une voiture d’il y a 20 ans…

Entre les lignes vous touchez le fond du problème : le prix. Les produits durables existent toujours, mais ils sont plus chers. En étendant la durée de garantie ou exigeant des produits réparables, ils deviendront simplement plus chers, donc moins accessibles à autant de consommateurs, donc encore plus chers en raison de facteurs d’échelle défavorables. Les produits d’antan visaient quelques millions de consommateurs aisés, ceux d’aujourd’hui visent des milliards de fauchés : ça ne peut pas être les mêmes produits.

Donc hélas votre reportage n’a pas évité la tentation facile de reporter tous les maux de notre monde sur ces vilains industriels manipulateurs et avides de profit, comme tout le monde le sait, plutôt que d’expliquer les divers mécanismes de l’obsolescence, réelle pour tout un tas de raisons, mais probablement pas « programmée ».

A votre disposition pour faire mieux la prochaine fois.

Meilleures salutations

1 année 7 mois avant

Je n’avais pas vu passer ça : Arrêt sur images a fait une émission de 1h30 sur le sujet : http://www.arretsurimages.net/emissions/2013-04-26/Apple-est-le-champion-du-tout-soude-tout-ferme-id5793 et aussi un texte intéressant http://www.arretsurimages.net/articles/2013-04-23/Obsolescence-programmee-ou-sont-les-preuves-id5789. Ca ne coûte qu’un Euro (de s’abonner pour un jour) et ça vaut le coup.

Invité
gaurbhack
1 année 7 mois avant

Un exemple qui me vient tout de suite, je ne sais pas si on peut vraiment rattacher à l’obsolescence programmée, mais on détériore sciemment un produit à un niveau inférieur de qualité.

La fabrications des composants informatiques : on grave une puce avec 4 cœurs, 8mo de mémoire cache, on désactive au laser la moitié de la puce et on crée artificiellement le bas de gamme (qui peut exister naturellement avec les aléa de la gravure, j’en conviens)
C’est en tout cas ce qui existe avec Intel, Nvidia, AMD.

1 année 7 mois avant

Oui, juste. Alors il faudrait faire quoi ? vendre toutes les puces au même prix, donc un peu plus cher les processeurs pour le PC d’entrée de gamme de votre grand-mère et un peux moins cher ceux dans les PC des banquiers ? Le problème des puces, c’est que l’investissement pour une chaîne de production est colossal et les économies d’échelle telles qu’il ne faut produire que 1 ou 2 puces différentes dans une usine. Et le coup de laser permet d’adapter l’offre à la demande…

Mais votre exemple m’en rappelle un autre qui m’avait scié : la laine. Vous vous rappelez comme les habits de laine de votre enfance piquaient ? Maintenant il ne piquent plus parce qu’on use artificiellement la laine dans des machines qui altèrent les fibres pour qu’elles deviennent plus souples. Mais moins résistantes. Et elles pompent plus l’eau. Mais les clients sont prêts à payer plus pour que ça ne pique pas, quitte à ce que ces fringues durent moins longtemps…

Invité
nevereven
1 année 7 mois avant

Je suis resté sur l’idée que la laine pique et démange… Depuis 20 j’ai pas acheté un seul pull en laine ! Merci de l’info je vais essayer la laine « programmée obsolescente » qui ne gratte pas :-)

Invité
guigui971
1 année 7 mois avant

Bonjour Dr,

Article passionnant, comme la majorité de vos articles que je consulte de plus en plus souvent. Mais cette fois, j’ose commenter.
En passant : la qualité des commentaires est également remarquable (propos et orthographe soignés, respect des autres…). Comme quoi la qualité est contagieuse.
C’était pareil pour votre blog foilers…

Au point 2 , « Beaucoup de théorie, très peu de cas concrets », je pense que vous avez omis une hypothèse : en situation d’oligopole, la possibilité d’ententes entre concurrents. D’ailleurs les cartels sont évoqués dans les commentaires….

J’ai également des éléments à apporter, complémentaires à tout ce qui a été dit précédemment, et qui selon moi expliquent le sentiment de « camelote » que nous ressentons en tant que consommateurs. Elle provient me semble t-il de la sous-traitance débridée (bridée devrait t-on dire, considérant qu’elle se fait en Asie ☺ )

J’ai 3 exemples vécus :
– Dans mon domaine professionnel (Médical pour simplifier), je représente un fournisseur qui est dans le top 2 mondial. Nous avons des machines dont les cartes étaient, jusqu’à peu, fabriquées en Europe. Depuis que ces cartes sont faites en Chine, avec prétendument les mêmes spécifications, leur durée de vie a drastiquement diminué. L’une d’elles par exemple passant de 2 ans à 6 mois! Et pourtant, cette carte est vendue toujours le même prix au client…
– Pratiquant le windsurf depuis 35 ans, j’ai un certain recul sur le matériel. Je peux vous certifier que, même sur du haut de gamme, la qualité a nettement diminué ces 5 dernières années, depuis que les fournisseurs ont délocalisé leurs productions d’Europe vers l’Asie. Cela m’a d’ailleurs été avoué par un distributeur France qui m’a expliqué le mécanisme : les marques définissent un cahier des charges pour leur nouveau modèle de produit (chaque année çà change). Elle le soumet à différentes usines d’Asie, qui renvoient un prototype, et une offre de prix. Sur cette base, la marque passe une commande d’un lot de « x » unités, pour l’année. Puis lorsque le lot commandé arrive en Europe, c’est parfois la grosse surprise avec des Inox, des stratifiés, des colles qui , à l’usage, sont de qualité bien moindre que ceux qui composaient le prototype présenté…
– Toujours dans le domaine du windsurf, je peux vous dire que 90%* des flotteurs de planche à voile stratifiés (probablement 99%* du marché est basé sur cette technologie), sont fabriqués chez COBRA, en Thaïlande, « World leader in Composite fabrication ». C’est à dire qu’ils sont sous-traitant pour toutes les marques mondiales. Qui pourtant sont concurrentes!
Cela rejoint la première hypothèse de votre point 2 « Beaucoup de théorie, très peu de cas concrets ». J’ose le néologisme « monopole d’oligopoles »

Donc même sans passer par « l’obsolescence programmée » stricto sensu, ce sont pour moi des arguments démontrant que c’est la pression économique qui joue en défaveur de la qualité des produits.
Sauf qu’avec les mécanismes que je décris, le consommateur final se retrouve à payer des produits à des prix identiques, pour une qualité se dégradant, alors que les grandes firmes augmentent leurs marges au passage.
Je peux ajouter que ce consommateur se fait de plus en plus rare, puisque son boulot a été délocalisé en Asie….

* Ce ne sont pas forcement les chiffres exacts, mais l’ordre de grandeur y est.

Merci

1 année 7 mois avant

Si vous pouvez vendre le même produit au même prix en réduisant vos coûts via une production de camelote en Asie, pourquoi vous en priver ? Pensez-vous vraiment que « c’était mieux avant » parce que les entreprises faisaient exprès de petites marges pour offrir de meilleurs produits à leurs chers clients ?

En fait les prix ont aussi chuté (j’en donne quelques uns dans dans l’article, mais rappelez-vous du prix des premiers téléphones portables ou de ceux d’un vol Paris New York dans les années 70…) Ne pas oublier de tenir compte de l’inflation ! Je me rappelle que quand j’avais envisagé m’acheter une planche à voile, avant que ça s’appelle le windsurf, ça coûtait un mois de salaire suisse moyen. Aujourd’hui on doit être près de la semaine pour l’entrée de gamme.

Le consommateur européen (ou français) se fait rare, mais en Asie ça boume ! On a un deux milliards de mangeurs de riz qui rêvent de se mettre à la planche à voile, acheter des Mercedes , manger du chocolat etc.

En Europe, et je pense que les fabricants de bagnoles allemands et les horlogers suisses l’ont compris, nous devons faire des produits de qualité voire de luxe, quitte à ce qu’ils ne soient accessibles qu’aux quelques % de la population qui préfèrent payer un peu plus pour ne pas être embêtés et bénéficier d’un service impeccable.

En passant, ce sont plutôt les distributeurs qui ont maintenu, voire augmenté leurs marges. Les industriels sont sous une pression de prix incroyable depuis l’ouverture des marchés. Lire « Les nouveaux pouvoirs » d’Alvin Toffler à ce sujet.

Invité
« Buy French » ou pourquoi il faut acheter local
1 année 7 mois avant

[…] A ce sujet, je vous recommande un excellent article sur le blog du Dr Goulu qui s’intitule L’obsolescence est-elle programmée ? et qui remet les choses à leur […]

Invité
gibrocksonne
1 année 9 mois avant

En 4 ans de R&D, j’affirme que 90% des produits commerciaux utilisant des batteries Li-Po/Li-ion limitent la charge à 4.2V alors qu’une limite à 4.1V permet de doubler la durée de vie au détriment de 5% d’autonomie. Au delà de 4.2V, on tue la batterie à une vitesse folle. On trouve maintenant des produits avec un plafond de charge à 4.36V… Chacun en tire les conclusions qu’il veut.

Les machines à laver modernes utilisent des roulements à billes en PLASTIQUE alors que les roulements inox sont PLUS FIABLES et MOINS CHERS. Quelle conclusion ?

Autre point crucial qui est souvent oublié : on (ceux qui font du dev) fait tous de l’obsolescence sans le savoir : les commerciaux mettent la pression pour sortir les produits au plus vite, alors qu’il faudrait du temps pour faire des choses fiables. Dans le spatial et le militaire, y’a pas de soucis ça marche plus de 10 ans dans des conditions extrêmes… Le nombre de retour constructeur sur la 307 en est bien une preuve. Alors que des 205 ont plus de 200000km, et roulent encore sans avoir eu trop d’encombres.

1 année 9 mois avant

Sur les batteries, il y a effectivement un lien peu documenté entre la tension de charge et la durée de vie : http://www.powerstream.com/lithuim-ion-charge-voltage.htm . Apparemment on perd plutôt 10% d’autonomie que 5%, mais il y a peut-être un marché là : vendez des chargeurs à 4.1 V, et vous verrez tout de suite si les consommateurs sont prêts à payer pour doubler la durée de vie de leur batterie. Apparemment certains modélistes le font parce que leurs packs de batteries coûtent cher. Et ça sera surement le cas pour les batteries de voiture si on les loue.

Sur les machines à laver, attention à deux choses. 1) comme pour les aspirateurs, vous pouvez mettre le prix pour une machine « pro » ou de qualité (marque M….e citée dans des commentaires, j’en ai une qui tourne 3j par semaine depuis 18 ans sans aucun problème). Et puis il y a des machines moins chères pour ceux qui n’ont pas le cash sous la main

2) c’est pas parce que c’est du plastique que c’est de la camelotte. Il y a des plastiques fantastiques avec lesquels on fait plein de choses impossibles ou alors beaucoup plus chères à faire en métal. Comme je ne connaissais pas les roulements à bille en plastique, j’ai trouvé http://www.boschrexroth.ch/country_units/europe/france/fr/produits_applications/translation_montage/rep_download/lt_catalogues/RF82930.pdf , mais pas de comparaison avec de l’inox. je ne doute pas que l’inox soit plus costaud, mais à quoi bon un roulement indestructible si le reste de la machine (moteur, pompe etc) ne tient pas la distance ?

Absolument d’accord sur le dernier point. Mais encore une fois les retours constructeurs + réparations sous garantie coûtent extrêmement cher. Je ne vois en aucun cas comment ça pourrait bénéficier au fabricant, donc ce n’est certainement pas de l’obsolescence programmée.

Invité
gibrocksonne
1 année 9 mois avant

Sur ce point :
« Sur les batteries, il y a effectivement un lien peu documenté entre la tension de charge et la durée de vie : http://www.powerstream.com/lithuim-ion-charge-voltage.htm . Apparemment on perd plutôt 10% d’autonomie que 5%, mais il y a peut-être un marché là : vendez des chargeurs à 4.1 V, et vous verrez tout de suite si les consommateurs sont prêts à payer pour doubler la durée de vie de leur batterie. »
– 5%, 10%, en fait c’est très variable d’un modèle à l’autre. Mais grosso-modo, pour une réduction mesurable mais acceptable de l’autonomie, la durée de vie double presque.
– Pour le marché du 4.1V : les puces électroniques « chargeur Li-x » sont intégrés dans le produit et non dans le « chargeur » (le « chargeur » d’un tél portable n’est qu’un convertisseur AC 220V => DC 5V), donc il n’y a rien à faire à part démonter le portable et dessouder la puce 4V2 pour la remplacer par sa petite sœur 4V1. Les puces sortent généralement dans les 2 versions 4.1V et 4.2V, au même prix. C’est uniquement un choix de designer de prendre l’une ou l’autre. Par exemple : http://www.ti.com/lit/ds/symlink/bq2057.pdf

Invité
nonos
1 année 9 mois avant

Bonjour,

un peu d’huile sur le feu, ou de piquant, c’est selon ?
« si le reste de la machine (moteur, pompe etc) ne tient pas la distance ? », vous le dites vous-même.

En fin de compte, ce qui semble accaparer l’attention, c’est le mot « programmée », et on peut en comprendre l’importance, mais au fond, l’émergence de l’obsolescence « rapide » (j’évite de dire accélérée) et de ses conséquences ne serait-elle pas plus problématique, et par pragmatisme, ne devrions-nous pas moins focaliser sur le mot « programmée » ? (plus du domaine de la justice, qui s’en occupe à la hauteur de ses moyens)

Invité
Eric Cabrol
1 année 9 mois avant

C’est précisément le sens de mes commentaires : je n’aime pas le mot programmée, parce que dans la majorité des cas, « nous » (les concepteurs) ne savons pas le faire (mais il est certain que si nous en étions capables nous aurions une pression en ce sens). Heureusement pour le consommateur la fiabilité est quelque chose de tellement dispersé (statistiquement parlant) qu’un fabricant qui prendrait le risque que ses objets défaillent _en moyenne_ peu après la fin de garantie le paierait _très_ cher en coûts de garantie.

Par contre je suis d’accord pour dire que dans certains cas, la longévité est loin d’être la qualité la plus recherchée, la faute en incombant à la fois aux consommateurs avides de nouveauté, et aux marketeux qui savent les convaincre qu’il leur faut absolument la dernière version sortie. C’est ce que j’appelle « l’obsolescence marketée », dont les preuves me semblent bien plus évidentes.
Il incombe à chacun de changer ses arbitrages, de marteler aux vendeurs que, oui, on cherche avant tout un produit robuste, et petit à petit l’info remontera aux oreilles de ceux qui, dans les boites, ont pour mission de sortir des produits qui répondent aux attentes des clients.
Si Nokia a vendu plus de 120 millions de 3310 entre fin 2000 et fin 2005 (comme je parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, il s’agit de chiffres comparables à ceux de l’iPhone, qui a mis 4 ans pour dépasser les 100 millions), ce n’est pas un hasard.

Invité
Martin
1 année 9 mois avant

J’ai découvert un truc : les roulements plastiques, donc je me permets de rebondir dessus.

1 Les éléments roulants ne semblent pas être en plastique mais en verre. Question coût ca doit se tenir entre une bille en verre et une en acier, et le verre supporte des contraintes et températures plus élevées que le plastique (quoique ca reste à vérifier).

2 Je trouve un net avantage pour le roulement plastique dans cette utilisation : la résistance chimique et à la corrosion. Un roulement acier décède en quelques heures pour la moindre défaillance d’étanchéité alors que le roulement plastique n’en a que faire. Serait-ce un moyen économique de faire survivre nos machines à une bête usure de joint?

Invité
Cédric
1 année 9 mois avant

J’apporte un peu d’eau au moulin. Certains mentionnent plus en avant que l’obsolescence n’a pas de fondement puisque qu’un consommateur lésé ne rachètera pas la marque incriminée, ce qui est en partie faux, puisque ce problème est maitrisé ‘en partie’ par les industriels. je m’explique :

Je sais de source assez sûre (un prof d’ergonomie cognitive qui a suivi assez ‘scientifiquement’ la conception de la Renault 19 dans le cadre de ces ‘recherches’ puisque ce dernier était aussi ‘chercheur’ dans cette matière qui consiste à comprendre l’interface machine/humain dans toutes ces composantes, y compris les plus subjectives, dont l’attachement, l’appropriation d’image etc…Je rajoute que le bonhomme est un des profs les plus bluffant d’intelligence et de finesse d’analyse que j’ai pu avoir)

Je vais essayer de relayer son propos de l’époque sans le dénaturer :

La renault 19 intégrait dans son cahier des charges une forme d’obsolescence qui consistait à fabriquer une voiture faite pour durer dans ces composantes essentielles (mécaniques notamment) mais tout en s’assurant d’envoyer des signaux clairs au propriétaire sur le vieillissement de sa voiture par le biais d’un vieillissement recherché des composantes secondaires. De façon simple, votre Renault 19 ne vous lâchera jamais (elle ne fumera pas, démarrera toujours bien etc.. les pubs de l’époque allaient dans ce sens) mais tous les plastiques de l’habitat se mettrons progressivement à vibrer de façon insupportable en prenant de la vitesse ou sur route un peu dégradée. L’apparition volontaire, pour ne pas dire programmée, de bruits parasites dans l’habitacle, était couché noir sur blanc dans le cahier des charges.
L’objectif pour Renault :
Que le consommateur soit pleinement satisfait de sa Renault, a qui il n’a jamais rien eu ‘à reprocher’, mais dont il perçoit, plus ou moins consciemment, qu’elle commence à se faire vieille… par comparaison avec les modèles plus récents et ‘encore silencieux’. Reste que le bonhomme est très content de sa ‘vieille’ Renault d’à peine 5 ou 6 ans et retournera probablement chez cette marque. Il revendra la R19 à un jeune couple désargenté qui apprendra à apprécier cette marque par le biais de cette voiture increvable mécaniquement mais pas vraiment regardants sur tous les petits à-côtés désagréables mais anecdotiques à leurs yeux car le but premier était de trouver une voiture fiable.

Pour l’anecdote, mon père a eu un R19, dont j’ai hérité quelque temps. J’ai pu vérifier par moi même les bruits parasites en question sur une voiture de 8 ans à l’époque. Renault avait bien maitrisé son sujet.

Invité
Eric Cabrol
1 année 9 mois avant

@Cedric : c’est bien raconté, mais cela relève malheureusement du fantasme. Je sais de source encore plus sûre, puisque c’est mon métier, que vous nous attribuez (je bosse sur ce sujet, chez le constructeur cité) des compétences que nous sommes très loin d’avoir. J’avais écrit un billet sur le sujet de la prévision de la durée de vie, déjà linké par Goulu (http://eric.cabrol.free.fr/dotclear/index.php/2013/05/02/1296-obsolescence-programmee). La thématique des « bruits parasites » est encore plus complexe, et moins maitrisée. Ces bruits sont dûs à des phénomènes vibratoires, qui entrainent des contacts entre pièces (plastiques le plus souvent), d’où les nuisances sonores. Nous essayons de faire au mieux pour qu’ils n’apparaissent pas, mais nous sommes parfaitement incapables de quantifier leur évolution dans le temps, ni par la simulation numérique, ni même par les essais car il est impossible « d’accélérer » (de manière réaliste) la prise en compte du vieillissement réel des matériaux (leur comportement évolue en fonction des cycles thermiques subis, notamment …). Il y a encore des thèses chez nous sur le sujet des bruits parasites, alors penser que c’était un phénomène maitrisé il y a 30 ans, cela me fait bien rire :)

Invité
nonos
1 année 9 mois avant

Bonjour,

peut-être que d’arrêter de rire et de regarder autour de vous ferait changer un peu d’avis, d’opinion … qui est en plein fantasme, je me le demande ?

Invité
Eric Cabrol
1 année 9 mois avant

Ahh, le net et ses formidables interlocuteurs anonymes, toujours prompts à un petit mot doux et spirituel, mais parfaitement dénué d’argument, pour clouer le bec à ceux qui amènent des éléments concrets dans la discussion …
Sur ce sujet là, je pense avoir les yeux ouverts : je regarde ce que fait la concurrence, je lis des articles sur le sujet (un petit exemple ici, à peu près accessible à des non-spécialistes, et qui laisse entrevoir le boulot qui reste à faire pour maitriser le sujet : http://memagazine.asme.org/Articles/2011/October/Whats_Noise.cfm).
J’aurais du mal à fantasmer quoi que ce soit, c’est mon quotidien …

Sur d’autres sujets, le premier exemple donné par gibrocksonne dans le commentaire suivant est typiquement qqchose qui me semble plus convaincant (d’autant plus facilement que je ne connais pas le domaine)

Invité
nonos
1 année 9 mois avant

Bonjour,

je reste anonyme si vous le voulez bien, et d’ailleurs, je ne tiens pas à vérifier si le nom avec lequel vous signez est un pseudo ou non. Je m’intéresse plus à ce que vous écrivez.

D’ailleurs, j’en profite pour glisser quelques excuses sur la forme de mon propos précédent. Non seulement je vous lis, mais je peux aussi me mettre à votre place.

Sur le fond, toutefois, je reste en désaccord, comme je l’écrivais en réponse au Dr des lieux dans ce commentaire de l’article:
http://www.drgoulu.com/2013/05/01/lobsolescence-est-elle-programmee-2/#comment-3060

Au fond, l’obsolescence est à mes yeux sans doute programmée dans beaucoup de cas, mais quand ce n’est pas le cas, émerge une situation aux conséquences comparables, alors qu’importe: le résultat est là, et le plus important, c’est de le reconnaître pour se donner la chance de changer de modèle.

Invité
Midou
1 année 10 mois avant

Bonjour,

Un grand merci pour cet article très instructif.

Je n’ai pas de preuve à proposer pour démontrer que l’obsolescence programmée existe. Je souhaite cependant partager ici une expérience personnelle récente.

J’ai décidé il y a un an et demi d’investir dans l’achat d’un bon casque audio. Partant du principe que je voulais de la qualité et quelque chose qui dure, je n’ai pas lésiné sur le prix et j’ai opté pour un casque de marque Bose à 180€.
J’en ai pris soin. Pourtant après moins de 18 mois d’utilisation régulière, un faux contact s’est produit dans le cable au niveau des écouteurs. Bricoleur, j’ai sorti mes tournevis avec l’idée de démonter cela et de remplacer le cable. Quelle ne fut pas ma surprise de me rendre compte qu’il n’était pas possible d’accéder facilement aux connexions du câble. Je cherche une solution sur internet, je ne trouve rien et pour cause : il n’est tout simplement pas possible d’accéder à ces connexions.
Faisant jouer alors la garantie, je rapporte l’objet au service après-vente qui 3 semaines plus tard me rend un casque totalement nouveau.

Sensibilisé à ce problème de câblage, j’observe ce nouveau casque de plus prêt et il devient clair que c’est clairement conçu pour céder : le câble est extrèmenent fin (beaucoup plus que dans la pluspart des autres marques) et fragile, il n’est pas remplaçable, la connexion elle-même est très fragile. Je ne crois pas à un défaut de conception. Ce semble un choix volontaire : conçu pour céder et ne pas pouvoir être réparé.

La logique qu’il y a derrière ce choix ne manque pas d’interpeller. Peut-on être gagnant sur le long terme en trompant ses clients de manière aussi flagrante ? Jamais (plus) je ne conseillerai d’acheter Bose, jamais je n’achèterai plus Bose …

Peut-être avez vous une autre explication à cette situation ?

Michel

1 année 10 mois avant

Non, je n’ai pas d’autre explication que celle que vous donnez vous-même : puisque vous n’êtes pas content de votre achat et que vous n’allez en aucun cas racheter un produit de la même marque, ce n’est pas de l’obsolescence programmée puisque le but de celle-ci est justement de vous faire remplacer le produit dans la même marque…

Comme pour mon ampli, la « réduction de coût » de votre casque a été très mal faite puisqu’une économie de bout de chandelle a pour résultat :

d’engendrer des coûts de garantie. En vous remplaçant votre casque, ils ont probablement perdu la marge sur les 2 casques, et comme vous n’êtes probablement pas le seul, il y a surement des gens en train de se faire sérieusement engueuler ou virer chez ce fabricant.
de faire de la publicité négative pour une marque qui a une image « haut de gamme »
de vous envoyer chez la concurrence, (ça c’est le pire)
de vous « éduquer » : vous regarderez de plus près vos prochains achats, ferez des recherches sur internet avant d’acheter, etc.

Invité
nonos
1 année 10 mois avant

Bonjour,

là encore, vous semblez Docteur omettre un point important.
C’est un avis personnel, et sans lister de longues listes illustratrices, je pense que la marque en question, comme les autres, font un calcul différent, et si vous me le permettez, bien plus réaliste.

Précisément, Midou fait figure d’exception. La plupart du temps, le client n’est pas surpris de l’obsolescence, ne s’en offusque pas, la trouve normale puisque généralisée, et ne remettra pas en cause la marque en question. Il en aura d’autant plus de mal que le marketing pèse de plus en plus lourd dans son raisonnement.

Je fréquente des jeunes toutes la journée. Ils sont sur-équipés, ne prennent pas soin de leur matériel puisque de toute façon, il est prévu par eux, je souligne: par eux, d’en changer dès que possible, à la première nouveauté.

C’est un tour de force: le client s’auto-discipline lui-même à suivre les désirs des marques.

Invité
Hal
1 année 10 mois avant

Les rumeurs sur un complot des trusts industriels ont bonne presse dans certains milieux non scientifiques. Par exemple l’invention d’un moteur (à eau ou autre) ne consommant pas de pétrole que les pétroliers tiendraient cachés pour conserver leurs profits.

Invité
Ama
1 année 10 mois avant

Votre article est bien documenté, il est bien écrit et le propos est clair. Une fois sa lecture (et la lecture des commentaires) achevée, ce qui me gêne, c’est que je ne suis pas sûr d’en comprendre la morale. Quel est le message que vous cherchez à faire passer? L’obsolescence existe mais comme elle n’est pas programmée c’est pas grave? Si elle existe c’est pas de la faute des ingénieurs car ils font tout ce qu’ils peuvent pour créer le meilleur produit possible?

Ce que je devine, c’est que vous êtes quelqu’un de compétent, qui doit aimer son métier et essayer de le faire consciencieusement, Je devine aussi qu’à mesure que le concept d’obsolescence programmée se « démocratise », vous entendez dans les dîners de plus en plus de gens s’en saisir à tort et à travers et en quelque sorte attaquer l’intégrité de votre profession, ce qui vous pousse à réagir, à vous documenter (ce qui est tout à fait sain), et finalement à écrire cet article.

Cette démarche est bien humaine mais au final, ce que vous faites c’est « défendre votre bout de gras ». Et quand quelqu’un défend son bout de gras, il a du mal à être totalement objectif,

1 année 10 mois avant

Effectivement, je défends le « bout de gras » qui est l’approche scientifique des problèmes.

Ce que j’essaie de faire passer, c’est qu’il y a trop peu de données établissant l’existence de l’obsolescence programmée pour pouvoir affirmer qu’elle existe.

Donc avant de légiférer sur des délais de garantie ou de briller dans les dîners en prouvant l’obsolescence programmée par la longévité de la machine à laver de grand-mère, je suggère juste que les gens connaissent les faits.

Et s’il n’y en a pas (assez), qu’ils les cherchent avec un esprit critique plutôt que de faire les moutons après un reportage sur ARTE… Mais c’est vrai que c’est plus difficile, alors bravo pour votre effort !

Invité
Marc Nicole
1 année 10 mois avant

Moi, j’ai un exemple très clair d’obsolescence programmée qui date d’il y a 20 ans environ:
La première imprimante laser du bureau avait des cartouches toner qui possédaient un fusible capacitif pour faire tomber en panne l’imprimante avant que le toner ne soit complément utilisé.
Mais effectivement, après avoir trouvé l’origine de la « panne préventive « , nous avons changé de marque.

Mais on est d’accord, la plus part du temps, il s’agit surtout de conception « good enough » alias tirer au mince pour des raisons de coûts. Et là, le consommateur à aussi sa part de responsabilité: à vouloir toujours moins cher, il dégrade implicitement la durée de vie.
J’ai hérité du taille crayon de ma grand mère, acheté 48.–CHF en 1956, soit un prix que personne ne payerait actuellement. Mais après avoir raboté des milliers de crayons, il taille toujours aussi bien que le premier jour, et a moins d’un incendie, je ne vois pas ce qui pourrait le casser.

Ceci dit, je pense que le business Model « service » est l’avenir : ce deviens la responsabilité du fournisseur de service de trouver l’optimum entre durée de vie et augmentation de performance pour un service donné.

Invité
camille
10 mois 9 jours avant

Bonjour,
Votre réponse me fait réagir car elle illustre bien « mon » obsolescence programmée. L’impression que j’ai, et ce que je déplore, ce n’est pas tant qu’ « on » limite les durées de vie, mais plutôt que je n’aie que peu la possibilité de mettre le prix dans quelque chose qui soit conçu POUR durer. Par exemple, j’aimerais pouvoir acheter, neuf, dans le commerce classique, à défaut d’un coupe chou, un rasoir à l’ancienne entièrement en métal duquel on pouvait changer les lames. Ecologiquement, c’est mieux, niveau confort, c’est pareil. Dans le même ordre d’idée, et dans ce qu’on peut difficilement se procurer, des stylos billes en métal (je marche souvent dessus, ils se brisent) . En réfléchissant pendant que j’écris je me rends cependant compte qu’il y a dans la manière dont nous achetons une grande part d’éducation au sens large du terme: je ne sais pas où trouver un sac à main dont je sois sûre qu’il tienne, pourtant ça doit bien exister…Je suis habituée à les changer souvent, comme si « c’était comme ça ». Une piste donc, référencer les fournisseurs d’objet « durables »…