2012 et l’ennemi intérieur 8


Astromachin de 2012. Cliquez dessus pour un ramassis d’absurdités, si vous y tenez vraiment…

D’après la liste de prédictions de la fin du monde de la Wikipedia, nous échappons à la fureur divine ou à un cataclysme cosmique définitif en moyenne tous les 3 ans. Mais en 2012, c’est du sérieux. Rendez-vous compte : le calendrier Maya arrive à échéance ! Ca vaut bien un film hollywoodesque et un buzz planétaire, non ?

Et si ça marche, on vous fera la fin du monde façon Papou, Tchoutchke ou Wolof, promis. Avec le nombre de calendriers, de mythologies, d’astrologues et autres charlatans sur ou sous la surface de notre planète, on devrait arriver facilement à une fin du monde par mois, de quoi faire une série…

Mais pourquoi diable y’a-t-il toujours de gens pour se demander : “et si c’était vrai ?” En y réfléchissant, je me suis rappelé la petite phrase sybilline d’Einstein:

“Le lecteur est prié de noter les remarques sur l’astrologie. Elles démontrent que l’ennemi intérieur [chez Kepler], vaincu et devenu inoffensif, n’était pas encore complètement mort.” ¹

Cette phrase a été analysée de manière fort pertinente par Serge Bret-Morel, astrologue fréquentable, et débattue avec Denis Hamel, sceptique québécois². Il en ressort que ce qu’Einstein appelait “ennemi intérieur” serait ” une manière de penser animiste et téléologiquement orientée omniprésente dans les recherches « scientifiques » de l’époque.”³

L’animisme, on voit un peu ce que c’est : tout a une âme, donc les planètes ont leur caractère…  La téléologie, ça a l’air compliqué d’après l’article en français de la Wikipedia, mais c’est plus clair traduit depuis l’anglais :

Une école de pensée téléologique considère toute chose comme étant conçue dans un but, ou dirigée vers un résultat final, et qu’il y a un but inhérent, ou une cause finale à tout ce qui existe.

Voilà un bel ennemi intérieur pour un scientifique : présupposer un but à ce qu’il observe, confondre les “pourquoi”. Il me semble que bon nombre d’erreurs de la science sont attribuables à cet ennemi intérieur qui nous incite obstinément à croire que nous occupons une place privilégiée dans l’Univers ou parmi les êtres vivants.

Soulignons au passage qu’  Einstein n’était pas athée et ne prétendait pas que le scientifique doit nier toute finalité, mais plutôt travailler à la découvrir :

Ce qui m’intéresse vraiment c’est de savoir si Dieu avait un quelconque choix en créant le monde. (A. Einstein)

Voilà donc pourquoi tant de gens lisent leur horoscope et flippent en attendant 2012 : ils sont “téléologiques”. Ils présupposent que les astres ont un but, une finalité. Comment leur instiller la vertu essentielle de la pensée scientifique, à savoir le doute ? Peut être en proposant ici une…

Méthode pour calculer vous-même votre fin du monde astrologique préférée:

  1. Choisissez 3 ou 4 périodes de rotation ou de révolution de vos planètes préférées. Par exemple 225, 365, 687, les révolutions de Vénus, la Terre et Mars arrondies au jour près.
  2. Calculez le PPCM de ces nombres (en ligne, c’est ici). Avec l’exemple on obtient 3’761’325 jours.
  3. Choisissez une date de référence où l’Univers a commencé un nouveau cycle par un événement d’importance. Quel meilleur choix que ma date de naissance, le 25.12.1963 ?
  4. En ajoutant le nombre de jours calculés sous 2 à la date de référence choisie sous 3, vous obtiendrez la date à laquelle les astres choisis se retrouveront dans la même configuration les uns par rapport aux autres.

L’Apocalypse selon Goulu aura donc lieujeudi 20 février 12262. Si ce jour là il ne se passe rien de spécial, promis je fais comme Paco Rabanne : plus de prédictions.

A part ça, 2012 sera effectivement une année assez rare : le mois de février comptera 5 mercredis, ce qui n’est plus arrivé depuis 1984.

Références

  1. préface de  “Johannes Kepler: Life and Letters”, Carola Baumgardt, New York, Philosophical Library, 1951.
  2. Denis Hamel “Les grands esprits manipulés par les astrologues“, Le Québec sceptique – Numéro 57
  3. Einstein et l’astrologie sur Wikipedia