Pourquoi / Pour Quoi ? 20


Si un petit enfant vous demande “pourquoi il pleut ?”, ne vous lancez pas immédiatement sur la physique des nuages car la réponse attendue est peut-être  “pour arroser les plantes”.

Même adulte, lorsqu’on vous pose une question du type “pourquoi avez vous acheté une nouvelle voiture ?”, il n’est pas clair si la question porte sur la cause ou sur la finalité. Faut-il répondre “parce que la vieille est fichue” ou “pour aller à mon travail” ?

Donner une seule de ces réponses suffit souvent, l’autre étant implicitement liée par une relation logique implicite : “comme j’ai besoin d’une voiture pour aller travailler, et que la vieille est fichue, j’ai du en acheter une nouvelle”.

La question “pourquoi ?” recouvre donc en langage courant les deux concepts très distincts en logique que sont la cause et la finalité. A mon humble avis, bon nombre d’incompréhensions et de quiproquos pourraient être évités par l’utilisation judicieuse d’un simple espace pour distinguer:

  • “Pour Quoi ?” qui suppose une réponse commençant par “pour” suivi d’une finalité.
  • “Pourquoi ?” qui cherche une cause, donc attend un “parce que”, réponse suivie souvent d’un autre “pourquoi … ?” remontant à la cause de la cause. C’est le principe des “5 pourquois de Toyota”. (*)

Mais en pratique, il est très difficile de remonter à la “cause première” sans invoquer une finalité. Voyons ceci avec la célèbre photo ci-contre. Pourquoi ce soldat meurt-il ? Parce qu’une balle l’a transpercé. Pourquoi ? parce qu’un ennemi lui a tiré dessus. Pourquoi ? parce que l’un occupait le Vietnam de l’autre. Pourquoi ? parce que le gouvernement américain avait décidé de défendre le gentils du Sud contre les méchants du Nord. Là on est déjà en train de mélanger cause et but. Encore un “pourquoi ?” et on est à court de causes, condamnés à répondre par un but : “pour ….” (je ne me risquerai pas à proposer de réponse, comme scientifique, ce sont les causes qui m’intéressent…) La réponse proposée au bas de cette variante de l’affiche est exemplaire à ce titre : Le mot anglais “because” signifie “parce que” mais souligne la notion de cause alors que la proposition “il y a de l’argent à faire” dénote clairement un but supposé.

L’idée selon laquelle un but peut devenir une cause choque le scientifique parce qu’elle inverse le principe sacro-saint de la causalité : en physique, les causes précèdent les conséquences (du moins si le temps est irréversible…). La démarche scientifique ne concerne donc que le “pourquoi” sans espace : la recherche “pure” ne recherche que les causes qui font que les choses sont  comme elles sont, et pas autrement.

Par contre, la recherche “appliquée” et la technique poursuivent des buts : “pour quoi” optimiser des profils d’hydrofoils ? ce n’est pas parce que les équations de Navier-Stokes ont alors de plus jolies solutions, c’est pour aller plus vite sur l’eau.

Enfin, les petits enfants et les religieux ont ceci en commun qu’ils présupposent que tout a une finalité : le monde est comme ça parce qu’il a été créé pour … (complétez en fonction de votre religion préférée).

Ce double sens du “pourquoi” est à mon humble avis une des sources majeures d’incompréhension, voire de conflit dans les discussions de sujets fondamentaux entre personnes de bonne foi. Voici donc ma bonne résolution 2009.23 :  distinguer “pourquoi” et “pour quoi”. Et maintenant, je peux enfin réaliser la 2008.512 : écrire l’article “pourquoi je blogue”.

Références :

  1. “cause” sur Wikipedia
  2. “finalité” et “finalisme” sur Wikipedia

Note* : Une des questions que je me pose est de savoir pourquoi (cause…) les langues que je connais n’ont pas deux mots distincts pour ces questions distinctes, comme si les idées de cause et de but étaient intimement liés dans notre esprit. Est-ce différent dans d’autres langues ou cultures ? En japonais par exemple ? Quelqu’un sait ?