le Dieu d’Einstein 18


L’étude de texte est un art qui se perd. Un grand nombre de média papier et électronique ont récemment titré « Croire en Dieu est un superstition enfantine, selon une lettre d’Einstein« .

Or il n’a jamais dit ça. Dans cette fameuse lettre, il est écrit :

  1. « Le mot Dieu n’est pour moi rien de plus que l’expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible un recueil de légendes, certes honorables mais primitives qui sont néanmoins assez puériles. » Notez qu’en disant « le mot Dieu » et pas « Dieu » tout court, Einstein est très clair : c’est la conception que les humains ont de Dieu qui lui semble fragile, pas Dieu lui-même.
  2. « La religion juive, comme toutes les autres religions est l’incarnation des superstitions les plus enfantines« . La encore, Einstein ne dit pas que croire en Dieu est une superstition, il dit que les religions le sont, c’est fort différent.
La fameuse lettre, si vous arrivez à la lire ...

la fameuse lettre d’Einstein, si vous arrivez à la lire …

Einstein n’était pas athée, il l’a clairement écrit dans un télégramme au rabbin Goldstein de New York, qui lui avait demandé s’il croyait en Dieu : « Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains. »

Baruch Spinoza est un philosophe juif du XVIIème qui fut excommunié pour s’être opposé à la conception transcendante du divin. Selon lui, Dieu n’est pas extérieur au monde, mais immanent à la Nature, il est la Nature. Spinoza était donc un pantheiste matérialiste, reconnu comme tel par Albert : « Je suis fasciné par le panthéisme de Spinoza, mais j’admire plus encore sa contribution à la pensée moderne, parce qu’il est le premier philosophe qui traite l’esprit et le corps comme unité, et non comme deux choses séparées. »

D’autres sources laissent penser qu’Einstein était agnostique, mais il n’était certainement pas athée au vu des nombreuses citations où il mentionne Dieu :

  • « Je ne peux pas imaginer un Dieu qui récompense et punit l’objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui réglerait sa volonté sur l’expérience de la mienne. Je ne veux pas et je ne peux pas concevoir un être qui survivrait à la mort de son corps. Si de pareilles idées se développent en un esprit, je le juge faible, craintif et stupidement égoïste. »
    (Albert Einstein, Comment je vois le monde / 1934)
  • « Cette conviction, liée à un sentiment profond d’une raison supérieure, se dévoilant dans le monde de l’expérience, traduit pour moi l’idée de Dieu. »
    (Albert Einstein, Comment je vois le monde / 1934)
  • « Définissez-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j’y crois.« 
  • « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito.« 
  • « La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle.« 
  • « Ce qui m’intéresse vraiment c’est de savoir si Dieu avait un quelconque choix en créant le monde.« 
  • « L’escalier de la science est l’échelle de Jacob, il ne s’achève qu’aux pieds de Dieu.« 

Enfin, les religieux et les athées sont renvoyés dos à dos dans une lettre datant d’un an avant sa mort :

« Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était un mensonge, bien sûr, un mensonge qui est répété systématiquement. Je ne crois pas en un Dieu personnel et je n’ai jamais dit le contraire de cela, je l’ai plutôt exprimé clairement. S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler « religieux » ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler. »  (Albert Einstein, lettre du 24 mars 1954)

  • http://yves.masur.microclub.ch Yves Masur

    Belle mise au point! Je vais la partager avec mon fils (le théologien, pas l’électronicien!).
    C’est curieux cette manie des donneurs de leçon de s’approprier des gens célèbre de manière à cautionner leur cause…

  • Pingback: Ce qu’Einstein n’a jamais dit « Dr. Goulu

  • Guillaume

    Un livre très intéressant vient justement d’être publié à ce sujet: Le Dieu cosmique / à la recherche du Dieu d’Einstein, Jacques Languirand et Jean-René Proulx, Le Jour Eds, 2008 ISBN 2890447642

    En première partie les auteurs retracent les origines de ce qu’Einstein a appelé « le Dieu de Spinoza », à travers l’histoire de l’humanisme, des sciences et des religions, notamment du protestantisme, et que Spinoza avait tenté (pour la première fois?) de définir dans ses lettres.

    Comme le dit l’auteur de ce présent article, il est clair qu’Einstein ne se retrouvait pas dans les religions qu’ils trouvaient sans doute reductives et entâchées par les vues des hommes et où Dieu devenait le plus souvent un personnage à l’image humaine. Pour lui Dieu était bien plus !

  • http://robs.centerblog.net/ Robin

    C’est vraiment admirable ce que Einstein a dit. Je suis un de ses plus grand fans. J’ai même mis que je suis de la réligion cosmique sur mon facebook, sa réligion.Je crois que je suis le seul a avoir réligion cosmique comme réligion sur facebook.

    • http://drgoulu.com Dr. Goulu

      Sur la « religion cosmique » d’Albert, j’ai trouvé ce document. Mais bon, souvent on donne de nouveaux noms à d’anciennes idées : c’est vrai que sur facebook, « rationaliste holiste » ou « panthéiste spinoziste » ça jette moins que « cosmique » …

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  • NEKMOUCHE mohamed

    Vraiment, je suis convaincu que l’ être humain est très faible ….La vie est anxieuse et belle

  • lodo

    Peu convaincant.
    Einstein identifie dieu à l’univers, à la nature, autrement dit il croit à l’univers et à la nature, point-barre.

    «  »Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était un mensonge, bien sûr, un mensonge qui est répété systématiquement. Je ne crois pas en un Dieu personnel et je n’ai jamais dit le contraire de cela, je l’ai plutôt exprimé clairement. S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler « religieux » ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler. » »
    Je ne vois pas vraiment en quoi les athées et les religieux sont renvoyés dos à dos.

    Je vois surtout que vous interprêtez les propos d’Einstein comme ça vous arrange.
    Enfin, c’est de bonne guerre, c’est comme ça qu’on fait tous.

    • http://drgoulu.com Dr. Goulu

      Nous sommes beaucoup plus d’accord que vous ne l’imaginez. Puisque « Einstein identifie dieu à l’univers » il était panthéiste, précisément la position du Spinoza qu’il cite explicitement : « Je crois au Dieu de Spinoza… ».

      Je ne sais pas quelle intention vous me prêtez, le seul but de l’article était de montrer que réduire « La religion … est l’incarnation des superstitions les plus enfantines » à « Croire en Dieu est un superstition enfantine » est vraiment trop simpliste, indigne d’Albert.

      Personnellement j’oscille entre lePanthéisme, , l’Agnosticisme, et Pastafarisme, alors la seule chose qui « m’arrange » est de ne pas confondre ces positions avec l’athéisme.

      En effet, comme le précise bien la Wikipédia (qui n’est pas la Bible ;-) ) : « L’athéisme peut être considéré comme une attitude ou une doctrine qui ne conçoit pas l’existence ou affirme l’inexistence de quelque dieu, divinité ou entité surnaturelle que ce soit, contrairement, par exemple, au déisme, au théisme et au panthéisme qui soutiennent ces existences, ou à l’agnosticisme qui considère qu’on ne peut répondre à ces questions »

      C’est ce qui me permet d’affirmer : Einstein n’était pas athée.

    • cham

      entierement d’accord le pantheisme de spinoza et d’einstein n’est qu’une forme d’atheisme deguisé : on s’emerveille devant l’univers qu’on assimile à Dieu car on ne veut pas reconnaitre et se soumettre à un force transcendante créatrice

  • supermikou

    Le dieu de Spinoza c’est la nature…. Dieu croyait en la nature, pas en dieu.
    Einstein était athée, comme toute personne rationnelle…

    • http://drgoulu.com Dr. Goulu

      La définition de l’athéisme c’est « attitude ou une doctrine qui ne conçoit pas l’existence ou affirme l’inexistence de quelque dieu, divinité ou entité surnaturelle que ce soit. » Ce qu’Einstein n’a jamais fait.

      Il me semble qu’une personne rationnelle, mais ouverte d’esprit comme Albert a très bien posé le problème en disant : »Définissez-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j’y crois. » Parce que si je définis Dieu comme « ce qui fait qu’il y a quelque chose plutôt que rien », vous aurez de la peine à rester athée ;-)

      • Hal

        J’adhère à cette réponse. Que Dieu existe ou pas, personne ne l’a vu, donc en dehors d’une réalité supposée, c’est un concept. Chaque locuteur prononçant le mot « Dieu » entend par ce mot sa propre conception de cette réalité qu’il affirme ou qu’il nie.

        Par extension, selon la définition que l’on attache au mot « Dieu », on peut affirmer ou contester le fait que le Dieu des chrétiens est le même que celui de Musulmans. Si on y met une définition précise, on répondra « non », si on y attache une définition élargie, on dira « oui ».

    • Nina

      Isaac Newton n’est pas rationnelle d’après vous?

      • http://drgoulu.com Dr. Goulu

        Je ne comprends pas bien pourquoi vous mentionnez Newton ici… Isaac Newton est le fondateur de la physique moderne. Mais c’était aussi une personne de son temps, une époque ou science, philosophie et croyances étaient peut-être plus enchevêtrées qu’aujourd’hui. D’ailleurs sur la wikipédia, Newton est présenté comme  » philosophe, mathématicien, physicien, alchimiste, astronome et théologien  » tout à la fois ! Lisez le paragraphe sur l’alchimie pour mieux comprendre.

  • Royal30

    @ Dr. Goulu
    « Parce que si je définis Dieu comme « ce qui fait qu’il y a quelque chose plutôt que rien », vous aurez de la peine à rester athée »

    Évidemment, si vous diluez la définition de Dieu au point où elle ne signifie plus rien…Cela devient de la rhétorique. Si on peut définir de plusieurs façon Dieu, on peut en faire de même pour l’athéisme. Si on prend l’acceptation  » L’athéisme refuse de postuler l’existence d’entités dont l’existence n’est ni prouvée ni observable », alors je ne vois pas ce qui pourrait nous empêcher de rester athée.

    Je crois que la clé réside plutôt dans le fait de « croire » ou de « constater ». Prenons votre dernière définition de Dieu « ce qui fait qu’il y a quelque chose plutôt que rien ». Donc, si on suit cette logique, Dieu est le monde. Or, je n’ai pas besoin de « croire » au monde, car le monde est tangible. C’est pourquoi cette définition de Dieu est selon moi creuse et insatisfaisante.

    Où alors, dans ce sens, Dieu prend un sens purement métaphorique, il représente ce qui dépasse la compréhension humaine. Je crois que pour Einstein, Dieu avait cette signification. C’est en fait une métaphore. Et donc, cela n’empêche pas d’autre part d’être athée ou agnostique.

    • http://drgoulu.com Dr. Goulu

      La « définition de Dieu que je soumets n’est autre que celle de Leibnitz qui était chrétien, mais elle « convient » aussi bien aux croyants d’autres religions ainsi qu’aux « panthéistes » selon lesquels « Dieu est le monde ». C’est d’ailleurs (super résumée) la position de Spinoza citée par Einstein. Je pense que la définition peut être aussi acceptée par les agnostiques, selon lesquels Dieu est inconnaissable.

      Mais stricto-sensu l’athéisme ne reconnait aucun dieu : « a privatif + théisme », donc même pas celui de ma définition. Pour un athée, un vrai, l’univers ne peut pas être autrement qu’il est, il n’y a donc rien « qui fait qu’il y a quelque chose plutôt que rien ».

      A mon avis votre définition de l’athéisme par les « entités dont l’existence n’est ni prouvée ni observable » est plutôt celle du matérialisme. Mais qu’appelez-vous « entité » ? les lois de la physique ou les constantes universelles sont-elles des « entités » ? Ont-elles une « existence » ailleurs que dans notre cerveau (j’allais écrire « esprit » …) ?

      Pour ma part je pense (= crois) que oui. Je constate que la nature fondamentale des notions de base de la physique comme le temps, l’espace, l’énergie nous échappent toujours. De plus, les liens soigneusement « ajustés » entre ces notions permettent non seulement qu’il y ait quelque chose plutôt que rien, mais que se développent des structures complexes dotées de propriétés qui n’étaient pas préexistantes (la masse, la structure cristalline, la vie …). Bref, je suis un empiriste holiste, agnostique ou panthéiste selon les jours, mais pas athée.

      Bienvenue sur ce blog !

  • Royal30

    Je crois qu’il existe une nuance entre une entité qui n’est pas prouvée (ou prouvable) ni observable (comme un dieu créateur) et des lois de la physique, qui peuvent être difficiles à observer aujourd’hui, mais moins que hier et plus que demain. Il y a une énorme différence entre croire en un Dieu créateur et « croire » en en dieu qui est en fait le monde. Comme je disais, on n’a pas besoin de croire au monde, on en a simplement conscience. Et on développe tous les jours des outils et des théories pour mieux en prendre conscience.

    Comme je disais précédemment, de la même façon qu’il existe plusieurs façons d’envisager la notion de Dieu, il en va de même pour l’athéisme. Je me dis athée, exactement de la manière que j’ai citée : je refuse de postuler l’existence d’entités dont l’existence n’est ni prouvée ni observable. C’est une attitude, soit dit en passant, qui ressemble fort à l’agnosticisme. Cela ne pourrait m’empêcher, par exemple, d’éprouver une admiration spirituelle pour l’immensité de l’univers. Quelle serait donc la différence dans ce cas entre ma position philosophique et la vôtre? Le panthéisme ne serait-il pas simplement de l’athéisme philosophique avec une petite touche de poésie (et qui est plus acceptable dans certains milieux)?