Générateur de brouillard 10


La veille du massacre de Charlie Hebdo, j’ai assisté à la démonstration d’un système de sécurité assez étonnant : un générateur de brouillard. En une dizaine de secondes il remplit une salle d’un brouillard tellement épais qu’il est impossible d’y voir à plus de 20 cm, la lumière tellement diffusée qu’on n’arrive plus à se repérer.

Après 20 à 30 secondes, il est devenu impossible de faire quoi que ce soit dans une grande maison, et ce pour une bonne demi-heure même en ouvrant toutes portes et fenêtres. Il faut même prévenir les pompiers avant le test pour éviter les fausses alertes déclenchées par les appels des voisins inquiétés par la fumée !

Plutôt qu’un fumigène chimique ou de la neige carbonique produisant des gaz et fumées plus ou moins nocifs, il s’agit en fait d’une machine fumigène qui produit un brouillard de gouttelettes d’eau additionnée de glycol.

En lisant quelques brevets sur ces machines, je n’ai pas réussi à savoir pourquoi les glycols (ou la glycérine) produisent un tel brouillard comme on le voit dans cette petite expérience. Mais le principe de la machine est le suivant : un corps de chauffe assez massif est maintenu à environ 300°C (il faut ~15 minutes pour préchauffer la machine), et au moment du déclenchement de l’alarme une pompe envoie quelques millilitres par seconde d’eau+glycol dans le corps de chauffe d’où elle ressort sous forme de vapeur sous pression.

En se détendant dans un échangeur de chaleur, la vapeur condense en très fine gouttelettes propulsées dans la pièce par un ventilateur, et la chaleur latente est partiellement récupérée pour maintenir le corps de chauffe en température plus longtemps. Le brouillard produit est à température ambiante et a une densité proche de celle de l’air, contrairement à celui, froid, produit par les machines à neige carbonique, qui “coule” sur les scènes de spectacles notamment.

Ce système aujourd’hui assez fréquent dans les banques et bijouteries commence à s’intégrer aux systèmes d’alarmes des particuliers. Je suis persuadé qu’il aurait sauvé plusieurs vies chez Charlie Hebdo.

  • Facepalm

    Pardon, Dr Goulu: ma remarque n’a rien à voir avec votre article, mais avec “sciences (pourquoi ?), techniques (comment ?) et économie (combien ?)”.
    La vraie philosophie (pas l’épistémologie!), où la placez-vous? (je serais bien curieux de savoir 🙂 )

    • Je ne sais pas ce que vous entendez par “vraie philosophie”, mais en bref, je suis un matérialiste empiriste holiste qui considère que les sujets abordés par la philosophie sont ceux sur lesquels la science n’a pas encore fait suffisamment la lumière pour qu’on puisse encore en dire à peu près n’importe quoi et son contraire.

  • fred

    c’est pas le principe des ecigarettes?

    • Effectivement selon la wikipédia le “propylène glycol est utilisé “Dans les cigarettes électroniques, en tant que liquide de remplissage dans lequel sont éventuellement ajoutés glycérol, arômes et nicotine, afin de produire un aérosol simulant la fumée du tabac.”

      J’y vois aussi la phrase qui me semble expliquer pas mal de choses : “Il permet de produire des solutions de nanoparticules sans qu’elles ne s’agglomèrent” .

      • gatien

        Bonjour,

        Dans les cave à cigares, on utilise également le propylène glycol, car il permet de réguler la
        cave a environs 70% d’humidité (idéal), en limitant l’évaporation en dessous de
        ce taux d’humidité. Du coup, es ce type de glycol qui est utilisé, ou un
        de ces frères (Éthylène glycol)

  • Ber

    Bonjour,
    Effectivement, c’est une solution intéressante. Cependant, mon lieu de travail étant équipé de ce système, je peux vous dire qu’une fois la fumée partie, il persiste un film gras sur toutes les surfaces qui ont été exposées, c’est très difficile à nettoyer, sur un carrelage par exemple, il faut passer au moins deux fois la serpillière pour avoir un résultat correct et en attendant ça ressemble à une patinoire.

  • seb

    J’ai une question idiote aussi, à non 2 en faite. 🙂
    à 1 min 27 ça ressemble un une salle serveurs. Est ce que ce n’est pas “dangereux” d’envoyer de l’eau dans des appareils électrique?
    Ici on peut voir comment l’eau éteint le feu: http://couleur-science.eu/index.php?d=2013/10/05/10/53/01-pourquoi-leau-eteint-le-feu
    Est ce que les gouttelettes d’eau de ce brouillard peuvent aussi servir à absorber la chaleur d’un incendie et donc l’éteindre?

    • réponses à diverses questions reçues par twitter, mais d’abord

      @seb : en fait il y a étonnamment peu d’eau : environ 1dl seulement pour remplir 600 m3 en 30 secondes. Donc l’air est juste un peu plus humide. C’est censé être compatible informatique mais non, ça n’éteint pas un feu en même temps.

      @Timeo_Danaos : bonne remarque, je ne savais pas ce que des lunettes infrarouge donneraient alors j’ai cherché et trouvé ça ici: “In dense fog, where naked-eye visibility is reduced to a minimum, thermal imagers aren’t likely to see very much more.”

      @JeeP : chez les bijoutiers etc, le système d’alarme réagit en cas de choc : coup de feu, bélier dans la porte, masse dans la vitrine + déclenchement manuel par le personnel.

      La sécurité absolue n’existe évidemment pas, ce que font ces systèmes c’est “monter la barre” de préparation, de compétences et de matériel nécessaires à l’attaque.

  • anonyme

    Question idiote : vu que le système ne marche qu’après 15 minutes de chauffe, et que l’attaque sur Charlie Hebdo a duré quelques minutes seulement, combien faut il dépenser d’électricité pour maintenir le corps de chauffe à 300°C en permanence (au minimum pendant les ouvertures des bureaux). Multiplier le résultat par le nombre de lieu que l’on souhaite protéger.

    • Ce n’est pas une question idiote du tout, merci de l’avoir posée.
      La consommation indiquée dans la doc est entre 80 et 100 watts selon les modèles, soit autour de 800 kWh par an, une centaine d’Euro par an d’électricité.
      Je ne fais pas de publicité pour ce système, je dis juste que c’est une solution technique peu connue qui me semble pouvoir être utile dans certains cas.