Interstellar 14


Je suis ressorti mitigé de la séance d'Interstellar. C’est un beau spectacle, on ne s’ennuie pas, on en a pour son argent, rien à dire. C’est un film de science-fiction, donc il peut y avoir plus de fiction que de science, ce n’est pas ce qui m’a dérangé outre mesure.

Ce qui m’a déçu, c’est le peu d’attention apporté à la partie “science”. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup : quant on chasse un drone solaire parce que “ses panneaux solaires peuvent fournir de l’énergie à toute une ferme”, il faut que le drone ait plus d’1m² de cellules, sinon même avec un rendement de 100%, il ne collectera que 1000 watts, pas un rayon de plus. Et quand un vaisseau spatial a besoin d’une énorme fusée genre  Saturn-V pour quitter la Terre, il ne peut pas ensuite se poser et redécoller de 2 planètes sans me faire mal à la physique. Et lorsqu’une vague énorme approche, le creux de la vague n’est ni plat ni calme: l’eau reflue vers la vague et cette dernière déferle si la profondeur est insuffisante. Ce genre de faute me choque autant qu’un “faux raccord” où la robe de l’héroïne passerait instantanément du vert pomme au rose bonbon : ça relève d’un manque d’attention.

C’est d’autant plus dommage que d’autres scènes du film sont très bien documentées. Comme l’ont noté beaucoup de critiques, la visualisation du trou noir est l’une des plus réalistes dont on dispose actuellement. Elaborée avec la collaboration de Kip Thorne elle montre le disque d’accrétion de matière orbitant autour du trou à une vitesse telle qu’elle est chauffée à blanc et devient lumineuse. L’effet de lentille gravitationnelle du trou permet de voir la partie du disque d’accrétion qui se trouve derrière le trou autour de celui-ci. Vivement Interstellar 2 avec Effet Doppler et jets relativistes !

Voilà d’ailleurs un autre aspect qui m’a dérangé dans Interstellar : j’ai eu l’impression d’assister aux 4 premiers épisodes d’une série tant les sujets abordés étaient différents et séquencés:

  1. la survie sur une planète en ruine (mais où il y a toujours du pétrole pour les pick-ups des fermiers et de l’eau pour leur maïs)
  2. le voyage spatial, avec hibernation, trou de ver bien placé et paradoxe des jumeaux
  3. la survie de l’espèce vs survie de l’individu. Je crois que c’est le thème que j’ai préféré, en définitive.
  4. le voyage temporel. En tant que fan du genre, j’ai apprécié à sa juste valeur (univers bloc avec paradoxe du grand-père paradoxe de l’écrivain )

En fin de compte, il y a juste trop de sujets dans ce film, trop de sujets traités trop superficiellement, ce qui dé-sert le message optimiste que j’ai cru déceler dans “Interstellar” : “vers l’infini et au-delà !”

 

  • Supriest

    Pourquoi absolument tout est foireux dans ce film:
    https://unodieuxconnard.com/2014/11/14/interstellar-le-script-aux-trous-noirs/

    Attention, très long article, qui critique aussi bien l’aspect filmographique que l’aspect réalité scientifique.
    Non vraiment Interstellar n’est en rien le nouveau 2001!

  • Pour le tesseract, on projette bien de la 3D sur un écran de cinéma 2D, alors pourquoi pas de la 4D ou 5D ? En fait c’est assez facile : https://www.drgoulu.com/2007/02/06/voir-en-4-dimensions/ . Mais bon, le temps étant une dimension imaginaire (au sens mathématique), c’est un peu plus compliqué ( https://www.drgoulu.com/2007/02/07/le-temps-une-4eme-dimension-imaginaire/ ). D’ailleurs dans la scène finale, le temps est représenté comme une dimension géométrique, mais existe toujours en tant que dimension temporelle, puisque les personnages bougent… J’ai rangé ça dans la partie “fiction”, donc je n’ai pas de critique particulière à ce sujet. Mais si ça intéresse quelqu’un de décrire un univers à 4 dimensions spatiales ou plus, je lui conseillerais de lire la référence mentionnée dans “pourquoi 3 dimensions et un temps” avant.

    J’ai aussi pas mal écrit sur les trous noirs, surtout un article sur leur densité qui pourrait vous intéresser et vous surprendre… En fait la gravité autour d’un trou noir n’est démentielle que tout près. par exemple si le soleil se transformait en trou noir (il ne peut pas, il est trop petit, mais imaginons), la terre continuerait de tourner autour sur la même orbite car la masse du Soleil ne changeant pas, l’attraction gravitationnelle resterait la même. Mais un tel trou noir “stellaire” serait beaucoup trop petit (rayon “noir” de ~10km seulement) qu’on ne le verrait pas au cinéma, et les forces gravitationnelles ne seraient alors énormes que bien à l’intérieur de ce qui est actuellement le rayon du Soleil.

    Certains critiques/physiciens en ont déduit que le trou noir d’interstellar était un trou noir supermassif du type de ceux qu’on trouve au centre des galaxies. Là on pourrait imaginer que des astres orbitent (à des vitesses phénoménales) à un distance du trou telles qu’il apparaîtrait comme dans le film. De plus, dans ce cas, la force de marée serait suffisamment faible pour ne pas “spaghettifier” tout corps qui s’en approche.

    • oliveur

      Trous noirs:
      Bon la relativité pour moi c’est abscons. Cependant, vous pourriez me dire si mon raisonnement est bon.
      D’abord les plus lourds amas attirent les plus léger qu’eux. La Terre, la Lune; le Soleil, la Terre; ainsi de suite.
      La gravité est un vecteur(variable?), donc en tournant à la bonne vitesse et à la bonne distance, un objet est censé tourner indéfiniment autours de son astre.
      Lorsque l’amas est comprimé, sous forme de noyau sa gravité est remplacé par sa densité progressivement.
      En gros, tant qu’un matériaux contient du vide, il bouge(vers le centre), mais de moins en moins vite…
      (j’exclus tout ce qui retient un amas dans un état “stable”, je pense aux étoiles)
      remplaçant la vitesse par de la masse donc. (oups, j’ai l’impression que quelqu’un à déjà penser à ça)

      Or 2 questions me viennent. d’une part, si la vitesse se réduit en allant vers le centre, elle n’est plus supérieure à la vitesse de la lumière et donc ne “capturerait” plus celle-ci.
      Si la gravité diminue avec la distance, pourquoi un trou attire autant de choses aussi éloignées?

      (au fait, c’est bien la vitesse de gravité qui va plus vite que la lumière et donc, etc… ? J’ai bon ?)

      NB: un trou noir avec la densité de l’eau, c’est marrant comme idée, mais peut-on considérer les objets flottant autours du TN comme étant le TN ? pourquoi pas des sortes d’anneaux?

      • Pas besoin de la relativité pour commencer : la force d’attraction entre 2 objets A et B ponctuels (ou petits et distants) est [latex]$$F_frac{A}{B} = Gtimesfrac{m_A m_B}{d^2}$$ . G est une constante universelle ( 6,6742×10-11 N·m2·kg−2 ) ma et mb sont les masses des 2 corps et d la distance qui les sépare. Donc déjà, la Terre attire la Lune autant que la Lune attire la Terre. Ensuite la distance d’attraction est infinie, simplement elle décroit “comme le carré de la distance” : si on multiple la distance par 10, la force baisse d’un facteur 100. Autrement dit un trou noir 100x plus massif que le Soleil pourrait avoir une planète de la masse de la Terre qui tournerait autour de lui en 365 jours si elle était 10x plus loin que la Terre du Soleil.

        Ajoutons un peu de relativité : selon Einstein cette force n’est pas un vecteur qui pointe d’un corps A vers un corps B. La Terre ne sait pas où est le Soleil. En vertu du principe d’inertie, elle va tout droit, mais dans un espace courbé par la gravité du Soleil (voir jolis dessins dans https://www.drgoulu.com/2012/09/05/un-petit-pas-pour-lhomme/ ). La gravité est en effet “instantanée” mais c’est juste parce que rien ne passe entre 2 corps qui s’attirent. Par contre, lorsqu’ils bougent vite, la déformation de l’espace qui les entoure ne se propage qu’à la vitesse de la lumière, donc le trou est “plus raide d’un côté que de l’autre” et peut à la limite provoquer des “ondes gravitationnelles” qu’on essaie de mesurer sur Terre mais qu’on a déjà observé indirectement autour de trous noirs. Ceci fait que la gravité n’est finalement pas instantanée, parce que votre “vecteur” classique pointe un peu en arrière de l’objet visé, s’il va vite. C’est ce qui cause la fameuse précession du périhélie de Mercure.

        Revenons à nos trous noirs : lorsqu’ils se forment en s’effondrant, au moment ou la matière entre dans le rayon de Schwarzschild, elle ne peut plus déformer l’espace en dehors de l’horizon des événements parce que les ondes gravitationnelles n’en sortent plus. L’horizon des événements est une sorte de “mémoire” de tout ce qui est entré dans le trou : vu de l’extérieur, c’est cette surface (sphérique si le trou ne tourne pas, compliquée dans les cas réels) qui semble avoir de la masse et qui permet de calculer une “densité” moyenne du volume inclus dans la surface

        Mais dans le trou, on a aucune idée de ce qui se passe, ni comment est répartie la masse, ni même si cette notion a encore un sens. D’après nos connaissances, la matière s’effondre jusqu’à un seul point, la “singularité”. Et depuis avec la théorie désormais vérifiée de Higgs on ne sait même pas si la singularité a encore une masse …

        Ce qui se passe “dans le trou” d’Interstellar est donc de la fiction archi pure, car la science dit “on n’en sait rien.”

        • Nico

          Merci pour ce message. Très Clair. J’en profite pour poser une autre question. Sur la planète avec les vagues gigantesques le ralentissement du temps à cause de la gravité du trou noir autour duquel elle orbite est colossal !!! Si cela agit autant sur leur temps, ça ne devrait pas agir autant sur le corps ? Genre effet de marée monstrueux qui les explose ?

          • Pas si on admet que le trou noir d’interstellar est supermassif. Dans ce cas les forces de marées sont (étonnament) beaucoup plus faibles qu’autour d’un trou noir stellaire. Les réponses et les liens sous http://scifi.stackexchange.com/questions/72358/interstellar-and-spaghettification-in-the-black-hole expliquent et calculent ceci en détail.

            Par contre l’incohérence me semble être au niveau de la différence de l’écoulement du temps entre la surface de la planète et le vaisseau resté en orbite. Pour qu’il y ait une telle différence, le vaisseau aurait du s’éloigner au moins au niveau de l’orbite des autres planètes visitées par la suite. Ces montées et descentes dans le puits gravitationnel du trou noir nécessitent une puissance phénoménalement plus importante que d’atterrir et de décoller des planètes.

            • Nico

              Merci pour cette réponse. Effectivement ce n’est pas intuitif du tout. Moi je pensais que la gravité créait forcément avec elle un champ de marée qui lui était proportionnel (avec limite de Roche etc http://fr.wikipedia.org/wiki/Limite_de_Roche). Là je ne comprends plus trop :-/ Je vais essayé de trouver une explication “avec les mains” 😉 En tout cas, j’apprends grâce à vous qu’il existe ce type de trous noirs plus massif mais avec moins de marée. L’homme peut (pourrait) donc vivre dans un champ de pesanteur immense et y subir des contractions où 1 heure représente 27 de nos années… il y a une limite quand même ?

              Pour la représentativité des montées et descentes successives dans les puits gravitationnels, j’en ai fait mon deuil… comme vous dites, ils sortent de l’orbite terrestre avec Saturne V aux fesses…. puis leur Lander se ballade ensuite dans des “puits” beaucoup pus profonds avec 4 petits propulseurs de 10 Newton… sans parler de la taille des réservoirs (à l’anti-matière sans doute ;-))

              • d’après l’équation http://en.wikipedia.org/wiki/Gravitational_time_dilation#Circular_orbits , pour un rapport f0/tf= 1/(27*365*24)=236520 l’équation donne r/r0=1.5 donc pour une telle compression du temps, la planète devrait tourner à 1.5 x le rayon de Schwartzchild du trou noir. C’est très très près, à peu près au niveau du disque d’accrétion. Donc le film est clairement faux.
                C’est justement ce que je trouve dommage avec ce film : quelques scènes sont de la science, mais noyée dans de la fiction qui ne tient aucun compte de la science.

  • Hettomei

    Perso, rien que le fait de n’avoir mis aucun bruitage lorsqu’ils “filmaient” dans l’espace ça m’a suffit pour apprécier énormément le film.

  • Je suis peut être trop indulgent avec ces quelques couacs scientifique du film. Mais j’étais tellement enthousiaste à l’idée de voir un film qui soit à proprement parler de la science-fiction (et pas de l’action-aventure avec des rayons laser et vaisseaux qui font boom dans l’espace…) que j’en ai oublié mon regard critique ^^. Et j’ai plutôt bien aimé cet élan final, cet optimisme envers l’humanité, c’était raffraichissant là où la plupart des œuvres contemporaines sont défaitistes au possible…

  • Yves Masur

    J’ai bien aimé la scène de la bibliothèque 5D (environ). L’ensemble m’a beaucoup fait penser au film 2001 Odyssée de l’espace. Bien entendu, le réalisme est… farfelu. Revenir vivant (?) d’un tel voyage n’est pas plausible. C’est un histoire, pas la réalité scientifique! Congeler un corps pour un long voyage… Bon, le drone est peut être particulièrement léger et quelques m2 de panneau suffisent…