Trafic, Vitesse et Débit


Dans “Pas plus de 100km/h aux voitures entre Genève et Lausanne. Au nom de la liberté”, sur RSR – Le Blog de Signature Thierry Fisher propose de résoudre le problème de la surcharge de trafic entre ces deux centres urbains en réduisant la vitesse sur toute la longueur de l’autoroute.

J’ai posté un commentaire (en deux partie) directement à la suite, mais à la réflexion, l’article de Thierry Fisher contient d’énormes contradictions qui n’apparaissent pas de prime abord, grâce à son talent journalistique. Voici mes commentaires, re-structurés d’après les vérités assénées :

100 kilomètres à l’heure: tout simplement pour aller plus vite!

Dans le trafic comme en société, il faut distinguer l’intérêt individuel (= aller le plus vite possible à la destination) de l’intérêt collectif (=assurer un débit de véhicules maximum, et la sécurité). Les deux ne coïncident pas, comme on le verra plus bas. En réduisant la vitesse maximum, on n’ira pas plus vite.

la solution pourtant existe. Les spécialistes sont unanimes et le répètent depuis des lustres: la circulation routière obéit aux lois de la mécanique des fluides. Un flux homogène s’écoule mieux qu’un flux irrégulier. Quand il y a trop de voitures, il faut donc baisser le débit. CQFD!

Ici, Thierry Fisher mélange allègrement les notions de vitesse et de débit, en ignorant la relation entre les deux (expliquée ici. Quand il dit qu’un flux homogène s’écoule “mieux” qu’un flux irrégulier, “mieux=débit” en mécanique des fluides, pas “vitesse”. En réduisant la vitesse, le trafic se fluidifie en effet, mais ceci AUGMENTE LE DEBIT ! Le débit maximum sur une autoroute est atteint lorsque le trafic s’écoule à 60 km/h (ref. Wikipedia) Le “CQFD” est donc complètement à côté de la plaque!

Une arrivée plus lente du nombre de véhicules en agglomération permettrait aux villes romandes de mieux digérer leur trafic.

Là, l’auteur met le doigt sur le réel problème : les ralentissements les plus importants ont lieu aux extrémités des autoroutes, ce qui indique que le problème vient de la capacité d’absorption du trafic autoroutier par les agglomérations. Or en réduisant la vitesse sur l’autoroute, donc en augmentant le débit, on accroit ce problème au lieu de le résoudre !

  • Permettez à un ingénieur impliqué dans la régulation du trafic de le dire: mais oui, le Dr Goulu a parfaitement raison! Pour accroître le débit, baisser la vitesse permet de “serrer” plus les véhicules. L’ajout d’une troisième voie permettrait d’aller plus rapidement faire le bouchon en entrée de ville…

    Dans la régulation par feux, on admet qu’à la phase “verte”, on passe un véhicule toute les 2 secondes. Par contre ce joli débit ne fonctionne pas si la durée du vert est trop longue – les véhicules s’étirent, ou si le carrefour est saturé: il y a du vert, mais les véhicules ne passent plus.