Le Nouveau Parlement Suisse en 2 Dimensions 16


Le désormais fameux site smartvote.ch présentait le profil des candidats au Conseil National sur un plan défini par deux axes : le traditionnel “gauche/droite” auquel on ajoute verticalement un axe “libéral/conservateur” (voir “Politique à 2 dimensions)

smartvote.ch permet maintenant de visualiser les résultats de l’élection dans cette représentation, et de se livrer à une petite analyse du positionnement politico-marketing des partis, et de l’UDC en particulier

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* PRD * PSS * PDC * UDC * Les Verts * PLS * PEV

(Note préliminaire: vous ne trouverez cette carte nulle part ailleurs qu’ici, car smartvote ne fournit ces cartes que canton par canton. J’ai réalisé la carte ci-dessus à l’aide de 2 outils indispensables (SnagIt et ImageMagick). Veuillez créer un lien vers ce blog si vous reprenez l’info. Merci ! )

Petite analyse de cette carte :

  1. L’axe “libéral/conservateur” devrait être rebaptisé “progressiste/conservateur”, car “libéral” est associé à des idées de droite, alors que la gauche+verts est située à la même hauteur que le parti radical par exemple.
  2. D’ailleurs, selon cette carte, les élus du parti Libéral ne sont pas plus libéraux que les radicaux, et même pas plus que les socialistes ou écologistes …
  3. La “polarisation” entre socialistes+verts et UDC est manifeste. Ces deux groupes forment des blocs bien compacts aussi opposés sur l’axe gauche/droite que sur l’axe “progressiste/conservateur”. Comparativement, le PRD et le PDC sont bien dispersés …
  4. Contrairement à ce que prétend la presse, on ne voit pas de fracture entre des ailes “gauche caviar” et “travailleurs syndiqués” au PSS. Par contre la superposition avec le positionnement des Verts est spectaculaire.
  5. Pas de doute, l’UDC est bien à droite. Mais ce qui la distingue encore plus clairement des autres partis, c’est son aspect conservateur : l’UDC est le seul parti nettement positionné sous l’axe horizontal.

A mon humble avis, la progression de l’UDC est le résultat d’un positionnement marketing soigné, basé sur quelques constatations clé :

  1. la population suisse vieillit, les vieux votent plus que les jeunes, et les vieux sont plus conservateurs que les jeunes.
  2. le PDC, traditionnel défenseur de valeurs traditionnelles, s’est rajeuni et est devenu progressiste (1)
  3. le PRD est en train de faire la même erreur… (2)
  4. même la gauche n’a plus d’aile conservatrice. Si on est un “vieux communiste”, on a le choix entre voter “socialiste progressiste” ou “conservateur populiste, hélas de droite”…

Christoph Blocher a donc habilement positionné l’UDC pour récupérer les voix de ceux qui ont peur. Peur des jeunes, des étrangers, de l’avenir, de l’Europe, peu importe de quoi on a peur, seul l’UDC rassure les conservateurs. Tant que les autres partis ne partiront pas à la reconquête de leur électorat agé, l’UDC progressera.

A noter que l’UDC a deux excellentes raisons d’être xénophobe : le conservatisme, et le fait que les étrangers sont … jeunes !

Notes:

  1. Preuve du point 4.1 : la jeune PDC Ruth Metzler (reviens Ruth!) s’est fait virer du Conseil Fédéral par Blocher, avec l’aide active des conservateurs PDC et passive du conservateur Deiss …
  2. Heureusement, le PRD a deux conseillers fédéraux agés, donc conservateurs, donc acceptables par l’UDC. Attention à ne pas élire un jeune loup pour succéder à Couchepin …
    • soumis ce commentaire sur le blog de sotomo :

      J’avais fait une version “statique” de cette étude dans https://www.drgoulu.com/2007/10/30/le-nouveau-parlement-suisse-en-2-dimensions/ mais l’animation est vraiment beaucoup plus intéressante, bravo !

      Ce que je ne comprends pas bien, c’est comment vous avez pu recalculer la position de chaque parti cantonal sur les mêmes axes alors que les questions ou les thèmes varient au cours du temps.

      Est-ce qu’une de vos publications décrit la méthodologie (le code?) utilisé ?

      Un sujet qui me parait très intéressant à étudier est la “densité de l’électorat” : d’après le positionnement des partis, on peut suspecter qu’il y a plus d’électeurs dans certaines zones du plan que dans d’autres.

      Et peut-être qu’on pourrait alors tracer un diagramme de Voronoï délimitant l’électorat de chaque part …

  • Enfin trouvé des chiffres pour corroborer mon affirmation “les vieux votent plus que les jeunes”. C’est là : http://www.domainepublic.ch/articles/18577

  • Valentin

    Désolé de ressuciter le sujet mais l’initiative Rielle ayant échoué pour des raisons plus que douteuses, l’occasion était trop belle…
    http://www.parlament.ch/afs/data/f/bericht/2010/f_bericht_n_k11_0_20100419_0_20100910.htm

    J’adore le dernier paragraphe. Il démontre clairement le but de la démarche… Un conseiller national qui invoque sa sphère privée pour ne pas dévoiler les revenus qu’il tire de ses liens d’intérêts économiques tout en exerçant sa fonction de conseiller national (et donc devant représenter le citoyen qui l’a élu) n’a aucune crédibilité à mes yeux (et pas seulement aux miens apparemment).

    Etant donné le système de milice de la politique suisse, je trouve normal qu’un conseiller national obtienne des avantages des lobbys auxquels il est liés (cash, nature, etc), mais alors que cette information soit publiée et claire pour tout le monde.

    Je pense avoir (finalement) retrouvé l’article de l’Hedbo que je mentionnais dans mon premier commentaire ci-dessus:

    http://www.hebdo.ch/comment_on_achegravete_les_parlementaires_20203_.html

    J’ai pu obtenir de l’Hebdo une version PDF de l’article si vous êtes toujours intéressé.

    • Bravo et merci de ne pas avoir oublié le sujet. Et merci pour le lien, c’est tout aussi bien qu’un pdf. Pour ma part, je n’ai été ni surpris ni étonné à sa lecture. Encore une fois (cut & paste de ma première réponse) :

      D’accord sur le fond, reste le problème de la mesure : comment représenter numériquement l’appartenance aux lobbys ? En nombre (un défenseur de la nature = un industriel de l’armement ) ? En francs (10 défenseurs des consommateurs = 1 assureur maladie) ?

      Bref, lister les intérêts des parlementaires de façon transparente pour les électeurs me parait une bonne chose, leur attribuer une valeur sur un axe économique me semble beaucoup plus délicat

      .

      Si la proposition Rielle a échoué, rien ne vous empêche de lancer ne initiative populaire sur le sujet, je pense que vous obtiendrez un bon soutien (dont le mien). Cela dit, les politiciens s’exposent déjà pas mal par rapport aux dirigeants du privé, pour des revenus nettement inférieurs. Si on veut attirer des gens de la trempe des Brabeck ou Vasella au Parlement, il faut leur offrir des conditions comparables…

  • Valentin

    Quelques articles récents sur les lobbies représentés au Parlement suisse:

    http://www.swissinfo.ch/fre/archive.html?siteSect=883&sid=8857684&ty=st
    http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/09/07/le-lobby-pharmaceutique-fait-la-loi-en-suisse-sur-les-medica.html
    http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=441896

    A noter que 80 élus sur 200 font partie du lobby de la santé, c’est dire le poids qu’a ce lobby sur le législatif de notre pays. De là à tirer des parallèles avec l’un des dossiers les plus controversés de ces dernières années, à savoir l’augmentation des coûts de la santé, il n’y a qu’un pas…

    • oui mais il ne faut pas franchir le pas trop vite, c’est un peu trop facile… Lisez https://drgoulu.com/2009/04/23/combien-coute-la-sante/ pour voir que c’est plus complexe que ça.

      En Suisse, la santé représente 12% du PIB, donc plus ou moins 12% des places de travail, et des électeurs. 80/200 ça fait 40%, donc ok, si le lobby vote en bloc (ce dont je doute pour la plupart des sujets) il est sur-représenté d’un facteur 3. Et même dans ce cas, il faut encore 10 voix de non membres du lobby pour obtenir une majorité…

      • Valentin

        Evidemment qu’on ne franchira pas ce pas…

        Tout le but de ma démarche était de dire que les lobbies prenaient suffisament de place au parlement pour leur donner une existence officielle et non-biaisée par rapport à d’autres intérêts conflictueux que leurs membres pourraient avoir avec leur mandat officiel de parlementaire fédéral, à savoir être un/e représentant/e d’un canton ou d’un groupe d’électeurs.

  • Valentin

    En fait, votre article est très bien tel qu’il est.

    C’est simplement en voyant le graphique que ça m’a rappelé le graphique que j’avais vu dans l’Hebdo lors des élections fédérales il y a quelques années (je suis toujours à la recherche de la référence). A la lecture de cet article, je me souviens avoir été frappé par l’ampleur de l’appartenance des parlementaires à des lobbies économiques et c’est à cette occasion que j’avais commencé à me questionner sur le bien-fondé d’un tel “cocktail”. Les lobbies ont toujours existé et existeront toujours. Comme je l’ai dit c’est une bonne chose car leur existence démontre que les milieux économiques ont aussi leur perspective à défendre.

    Maintenant, quant à la manière de représenter concrètement ces intérêts au sein d’un Conseil Economique, je pense qu’il s’agît d’un “détail d’implémentation”. Aux Etats, la règle est claire: chaque canton a 2 représentants (1 pour les demi-cantons) quelle que soit la taille du canton. Au National, l’algorithme est un peu plus compliqué mais au final les conseillers élus représentent la force des partis politiques de manière proportionnelle.

    Pour un Conseil Economique, je verrais assez bien un système comme le Conseil des Etats où chaque secteur économique est représenté de manière égale avec un nombre x de conseillers également élus par le peuple et dont ces derniers donnent par leur vote le mandat de représenter tel ou tel secteur économique. Les conseillers en lice feraient ainsi campagne en affichant clairement et ouvertement leur aspiration. De cette manière, on pourrait garder un Conseil National “propre”, exempt de “souillures économiques” qui biaisent la raison principale de leur présence sur un siège de conseiller national, à savoir représenter les intérêts de leurs citoyens électeurs.

    Si on regarde le document officiel listant tous les liens d’intérêts qu’ont les conseillers nationaux (http://www.parlament.ch/d/organe-mitglieder/nationalrat/Documents/ra-nr-interessen.pdf), on remarque que seul 7 conseillers nationaux sur 200 n’ont aucun lien avec des lobbies. Au Conseil des Etats, le nombre de conseillers propres est de… 0. Je trouve cela édifiant !

    Maintenant, le problème est que ce système est tellement bien établi tel qu’il est, qu’il m’apparaît comme illusoire voire utopique d’imaginer ne serait-ce qu’un instant qu’un tel conseil puisse exister un jour… Et pourtant cela rendrait toute décision beaucoup plus claire…

  • Valentin

    Personnellement, je trouve qu’il manque une troisième dimension à ce graphique, à savoir celle de l’appartenance des conseillers à des lobbys, ou en d’autres termes, une axe “lobby économique”. L’Hebdo en avait déjà fait l’expérience par le passé et j’ai trouvé l’exercice tout à fait intéressant.

    Nous avons deux chambres au Parlement, une qui représente les cantons et une autre qui est censée représenter les citoyens suisses. Or, comme tout le monde le sait, une partie substantielle des parlementaires figurent sur les fiches de paie d’entreprises suisses. Ceci est en soi une très bonne chose, je ne le nie pas, mon soucis est simplement qu’une personne, aussi intègre soit-elle, ne peut pas résonablement représenter deux ou plusieurs intérêts distincts en même temps dans un dossier donné: à savoir 1) les citoyens qui ont voté pour elle ou son parti et 2) les entreprises qui les paient pour les représenter au Parlement.

    Je vais plus loin et je trouve même que ces lobbys devraient avoir une existence officielle et ne pas être mélangés avec les deux autres chambres. Ainsi, nous pourrions avoir les deux chambres actuelles ainsi qu’un troisième que l’on nommerait peut-être Conseil Economique et qui serait l’incarnation des entreprises suisses aux Parlement. Ainsi tout serait beaucoup juste et transparent pour tout le monde. Le Conseil des Etats continue de défendre les intérêts des cantons, le Conseil National ceux des citoyens et le Conseil Economique ceux des entreprises suisses.

    Evidemment, un troisième conseil rime avec un rallongement des périodes de consultation et potentiellement un risque de blocage accru. Mais d’un point de vue purement logique, il m’apparaît comme évident qu’un parlementaire pour lequel la population vote doit défendre les intérêts de cette population et non une/des entreprise(s) officieusement représentée(s) par ce parlementaire.

    A bon entendeur…

    • D’accord sur le fond, reste le problème de la mesure : comment représenter numériquement l’appartenance aux lobbys ? En nombre (un défenseur de la nature = un industriel de l’armement ) ? En francs (10 défenseurs des consommateurs = 1 assureur maladie) ?

      Bref, lister les intérêts des parlementaires de façon transparente pour les électeurs me parait une bonne chose, leur attribuer une valeur sur un axe économique me semble beaucoup plus délicat.

      Je n’ai pas vu l’article de l’Hebdo, si vous avez une référence, ça m’intéresse.

      D’autre part, le but de cet article était plutôt d’illustrer les positionnement stratégiques des partis et leur “polarisation”. Je ne sais pas si un axe économique contribuerait à clarifier la situation…

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  • L’article a aussi été publié sur AgoraVox, où il a reçu quelques commentaires …