La dette publique genevoise n’est pas un problème


Paru dans le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève en avril 2004

La “perspective” de Jean-François Mabut du 26 mars commence par une grossière erreur. Non, chaque Genevois ne doit pas 26’500 francs à l’Etat. Que ce soit en tant que “client – contribuable” payant des impôts en échange de nombreux services ou en tant qu’ “actionnaire – votant”, le citoyen n’est pas lié par la dette publique.

La preuve : il peut déménager ailleurs sans qu’on ne lui réclame plus que ses arriérés d’impôts.

Il serait moins faux de dire que les nombreuses infrastructures de l’Etat (écoles, hôpitaux, routes …) ou de sociétés lui appartenant (aéroport, eau, électricité…) sont hypothéquées pour 26’500 par habitant. Ce montant, dérisoire par rapport à une hypothèque sur un petit 2 pièces, me semble d’autant plus acceptable que son coût annuel de 1’200 francs (2.5% plus, disons 2 % d’amortissement dans l’idéal) revient principalement dans mon 2ème pilier comme M. Mabut le mentionne très justement.

La question de savoir s’il vaut mieux payer des impôts ou des cotisations de prévoyance reste entière, mais il est certain que le montant de la dette par habitant n’a que peu de signification économique. La situation financière des états se base plutôt sur des notions comme l’indice de couverture des charges ou la marge d’autofinancement, mais il est vrai que ça sonne moins bien qu’un titre comme “A Genève, une famille de quatre personnes doit plus de cent mille francs à l’Etat”…

La comparaison avec Fribourg oublie de mentionner que Genève est le seul canton romand contribuant à la péréquation financière des cantons, sa “capacité financière” ayant même fortement augmenté lors du dernier calcul. Je n’ai pas retrouvé le montant exact, mais je crois me souvenir que le soutien aux autres cantons coûte plus de Frs 1000 par an à chaque Genevois. On pourrait donc même aller jusqu’à dire que la dette de Genève finance partiellement les autres cantons. Je m’empresse de dire en tant qu’ex-Valaisan que je trouve ça parfaitement normal, mais je me demande s’il ne serait pas tentant pour Mme Brunschwig Graf d’emprunter encore plus de façon à ce que la baisse de la contribution à la péréquation finance l’emprunt…

Et nous voilà au fond du problème : il est avantageux avoir des dettes, tant pour un privé que pour une entreprise ou pour l’Etat. Ne pas en avoir désavantage par rapport à ceux qui en ont.

Non l’endettement n’est pas une drogue, juste un effet, peut être pervers, des lois de l’économie. La dette de Genève est dans les normes internationales, la situation économique y est meilleure que dans bien d’autres cantons et la qualité de vie exceptionnelle y attire de nouveaux habitants et investisseurs. M. Mabut, cherchez un autre sujet pour m’inquiéter.