Comment gérer ses articles 3


D’habitude, la  remise des prix igNobel est l’occasion d’un article ici. Mais plutôt que de vous résumer les recherches les plus loufoques primées comme d’autres l’ont très bien fait, je vais plutôt les utiliser comme exemples en terminant enfin l’article promis à la fin de « Comment gérer sa bibliothèque« .

Un scientifique, ça lit beaucoup. Et vite, souvent en diagonale, voire seulement l’ « abstract » et les « références ». L’abstract pour décider si l’article mérite une lecture plus approfondie, et les « références » listées en fin d’article pour identifier d’autres articles potentiellement intéressants à lire. Pour une thèse, comptez un bon millier d’articles à bibliographier, dont quelques centaines à citer dans vos propres articles et mémoire.

Et là vous allez découvrir la jungle. D’abord, il n’existe pas (encore) d’équivalent de l’ISBN pour les articles, donc pas de moyen de les identifier facilement. Ensuite, chaque journal définit son propre « style de citation » dont la principale caractéristique est d’être différent des autres. Promenez donc votre souris sur cette liste de plus de 6600 styles pour vous faire une idée de ce que signifie « standard » dans les publications scientifiques…

Pas étonnant donc que les premiers logiciels de gestion bibliographiques datent des tout débuts de l’informatique personnelle. BibTeX était un outil incontournable dès 1985, puis vinrent EndNoteRefMan et ProCite, capables d’accéder aux onéreuses bases de données scientifiques de l’époque. Les formats « texte » de ces ancêtres sont toujours omniprésents dans le monde de la référence bibliographique, mais ces outils ne traitaient toujours que des références à des piles de papier illégalement crachées par la photocopieuse de la bibliothèque.

Puis les fichiers pdf remplacèrent le papier, internet réduisit la photocopieuse au silence, et Arxiv , PLOS, et les journaux en libre accès éclaircissent peu à peu les rayonnages des bibliothèques universitaires. Mais d’autres innovations souvent moins visibles ont au moins autant bouleversé le petit monde de la gestion bibliographique:

  1. Le Citations Style Language (CSL) permet de formaliser la fantaisie sans limite des éditeurs de journaux en matière de styles de citations.
  2. Le « Digital Object Identifier » (DOI) est un code qui permet de retrouver un document sur internet même si l’URL du site qui l’héberge change. Par exemple si vous cliquez http://dx.doi.org/ 10.1111/j.2044-8295.2012.02114.x , vous serez redirigé vers la page du journal qui a publié l’article lauréat du prix igNobel 2013 de psychologie. Et si tout se passe normalement, ce lien ne sera jamais* cassé.
  3. Les metadonnées COinSDublin Core ou similaires, qui permettent d’inclure dans une page web une référence complète pouvant être lue par des logiciels ad-hoc
  4. Des logiciels dernier cri et gratuits capables d’exploiter toutes ces possibilités : Mendeley et Zotero.

Alors, Zotero ou Mendeley ?

J’ai commencé par utiliser Zotero il y a quelques années, quand c’était un « simple » plugin pour Firefox. Puis il est devenu lourd et j’ai préféré Chrome, donc j’ai basculé vers Mendeley. Maintenant, Zotero est devenu indépendant de Firefox et Mendeley a été acquis par (le grand méchant) Elsevier, donc je vais peut-être retourné vers Zotero. Pour les petites différences qui pourraient vous faire pencher en faveur de l’un ou l’autre, lisez [1] ou [2] , mais les fonctionnalités importantes existent sur les deux outils:

  • référencement d’un article en un seul click depuis une page web
  • importation de références BibTEX, EndNote ou Zotero/Mendeley
  • recherche dans les bases de données
  • élimination des duplicatas
  • possibilité d’uploader les fichiers .pdf
  • synchronisation sur plusieurs postes de travail
  • applications Zandy et Scholarley pour Android et Mendeley pour iPhone
  • extensions pour WordPress permettant l’insertion de références dans un blog: Zotpress et Mendeley Plugin
  • et bien sur des fonctionnalités de « réseau social » permettant de suivre des auteurs et collègues, ou de former des groupes collaborant sur certains thèmes. Par exemple, chose promise chose due, les articles lauréats du prix igNobel sont ici !

Note *: sur internet, si « jamais » = 10 ans, ce ne serait déjà pas mal…

Références:

  1. François Magnan « Logiciels bibliographiques : Zotero, alternative libre à Mendeley, propriété d’Elsevier« , 2013
  2. « RefWorks Mendeley Zotero : Three Way Comparizon 2013 » sur Slideshare
  3. Bibliothèques [reloaded], un blog de bibliothécaire geek (ou le contraire)
  • Goulu

    Hervé Robin me signale un argument massue en faveur de Zotero : http://www.zotero.org/blog/zotero-wikipedia-perfect-together/

    Et effectivement, le référencement dans/depuis Wikipédia est tellement pénible que si Zotero s’en charge, il marque un point. En attendant que Mendeley fasse de même…

  • Zertrin

    Merci beaucoup pour cet article. Étant actuellement en train d’écrire mon mémoire de master je ne sais pas comment j’ai pu passer à côté de ces deux logiciels.

    Je viens d’essayer Zotero (parce que open-source + plugin et/ou client standalone possible) et c’est vraiment tip-top.

    Pour le stockage des attachements (PDFs, instantanés de pages Web (ça c’est extra !)…) j’ai configuré le WebDAV avec mon serveur Owncloud personnel (pour passer outre la limite des 300Mo sur les serveurs de Zotero et pour rester maître de mes données). Ça fonctionne très très bien !

    Tout se synchronise à merveille entre les clients installés sur les différents ordinateurs.

    Merci encore !

  • Leo Grasset

    idem, mendeley racheté par Elsevier + Zotero avec un client standalone = transfert de toute la biblio sur Zotero.
    en plus il y a un système de coloration des tags qui est plus sympa et bien efficace.