Pourquoi je n'ai toujours pas peur de mon téléphone mobile 16


(l’article « Why I’m (still) not worried about my cell phone hurting my brain » sur Bad Astronomy correspond tellement bien à mon point de vue que je ne vois pas la raison de réécrire sur ce sujet : je le traduis)

Suite au récent communiqué de presse de l’Organisation Mondiale de la Santé disant qu’il existe un lien « possible » entre les téléphones mobiles et le cancer du cerveau, ma première réaction a été : « Sérieusement ? ». Ce sujet réapparaît par ci par là de temps en temps, mais c’est la première fois que je l’entends d’un groupe aussi important que l’OMS.

La raison de cette réaction initiale était que j’ai vu tant d’études ne montrant absolument aucun lien entre mobiles et problèmes de santé (à part quadrupler vos risques d’accident si vous conduisez en téléphonant) que ma réaction était passablement sceptique. J’aurais été surpris si une forte relation avait été trouvée.

Il s’avère que mon impression est la bonne. Mon co-bloggeur Ed Yong explique pourquoi sur le site Cancer Research UK. En fait, l’OMS a rangé les téléphones cellulaires dans le « Groupe 2B », qui signifie qu’ils sont « potentiellement cancérigènes pour les humains ». Aiiiieee! Ca fait peur…sauf que « potentiellement » doit être un peu mieux compris quantitativement.

Comme Ed le montre, le graphique des résultats de nombreux tests sur les relations entre téléphones portables et cancer montre qu’une éventuelle relation est très faible, et ne peut honnêtement pas être statistiquement distinguée de pas de relation du tout. Bien sur, il n’est pas possible de l’exclure non plus, donc il y a le mot « potentiellement ». En regardant le graphique, je dirais que les risques sont très très faibles. Comme Ed le dit dans son article, « Il signifie qu’il y a un indice* de lien entre mobiles et cancers, mais il est trop faible pour en tirer des conclusions. »

Résultats de 2 séries de 12 tests avec intervalles de confiance de 95%. Les résultats combinés sont à droite

J’ai visité quelques sites de news (comme CNN et MSNBC), et bien qu’ils ne suramplifient pas la nouvelle, à mon avis ils ne la traitent pas de manière absolument neutre non plus. Les publications de gens liant les mobiles au cancer font paraitre cette relation comme évidente, mais les résultats de l’OMS montrent clairement que ce n’est pas le cas. Il y a « potentiellement » une relation, mais si elle existe elle n’est pas terriblement claire. Je note que ces études ne semblent couvrir qu’une décennie environ; il n’est pas possible de savoir ce qui arrivera dans, disons, 15 ou 25 ans. En plus, d’autres facteurs environnementaux dominent dans de telles études, rendant l’extraction d’un signal faible très difficile.

Vous pourriez aussi être intéressé à consulter la liste des cancérogènes du groupe 2B , qui inclut l’essence, les légumes au vinaigre*, et (GASP!) le café !

Mon opinion actuelle est : bien qu’une relation entre téléphones mobiles et cancers du cerveau ne puisse pas être exclue, sans une forte corrélation et une affirmation chiffrée sur les risques, il me semble très improbable qu’il y ait lieu de s’en inquiéter. Je suis beaucoup plus inquiet de voir le gars devant moi dans le trafic parler à ses amis au téléphone et causer un accident que je ne le suis d’attraper un cancer avec mon propre portable.

(edit du 5 juin : remplacé « peut-être » par « potentiellement » qui correspond mieux aux autres articles en français sur le sujet)

Notes:

* en anglais « evidence » signifie aussi bien « indice » que « preuve ». J’ai choisi « indice » pour préserver ce qui me semble être l’intention logique de l’auteur…

** Pour éviter les risques liés aux concombres au vinaigre, choisissez donc des concombres crus…

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16 Commentaires on "Pourquoi je n'ai toujours pas peur de mon téléphone mobile"


Invité
nonos
2 ans 8 mois plus tôt

Bonjour Dr Goulu,

oui, je sais, il faut bien faire confiance à quelqu’un, mais quant à l’OMS, permettez que sur des sujets sensibles, elle puisse être un peu transparente, ou opaque, selon ce qu’on regarde. Exemple: http://www.arteradio.com/son/615945/

Ce serait comme faire confiance à l’EFSA sur les OGM. (:p)

Laissons-la en dehors de ces discussions, mieux valant être seul(s) que mal accompagné(s).

Je voulais dire aussi que concernant le secret et les travaux universitaires: ce que vous en dites est bien sûr vrai presque tout le temps, mais le presque a son importance, car à quoi bon intervenir là où c’est inutile ?

« Un sujet sensible sur lequel je vais écrire un jour est celui des vies sauvées par des produits dangereux (comme l’amiante) ou supposés tels (comme les téléphones portables). Jusqu’ici aucun cancer n’a pu être attribué, même statistiquement au téléphone portable. Par contre il y a des centaines de cas de gens accidentés ou en danger qui ont pu être sauvés par des appels ou même la localisation de leur mobile. Pour l’amiante, il y a eu des milliers de décès de travailleurs mal protégés par leurs patrons criminels. Mais combien de morts ont été évitées dans des incendies grâce au meilleur produit ignifuge qui soit ? Pour un bilan global, ne faudrait-il pas tenir compte aussi des effets positifs ? »

C’est absolument vrai, il faut soupeser, mais au fond, vous vous trompez peut-être de question, si je puis me permettre: ce qui gêne, par exemple au sujet de l’amiante, ce n’est pas sa nocivité, mais le secret – justement – dans lequel on a gardé sa dangerosité, le cynisme, l’irresponsabilité avec lesquels on a nuit à des gens faute de les avertir, de les former, de les protéger.

Pour moi, l’argument de la prise de conscience progressive ne tient pas, et n’excuse donc rien, car dans ce cas, comment expliquer le commerce de l’amiante qui continue vers les continents Asiatique (Inde), Américain (Mexique), Africains (combien de pays ?) aujourd’hui ?

Bonne journée à tous.

Invité
Benjamin
2 ans 8 mois plus tôt

Bonjour,

est ce que de toute façon, étant donné les enjeux économiques qui doivent être énormes, une enquête mettant en évidence une quelconque dangerosité du portable ne risquerait pas d’être passé sous silence de quelques façon que ce soit? Il y tellement de mensonges pour des enjeux beaucoup plus dérisoires, pourquoi cela ne serait pas possible concernant un tel sujet?

Invité
4 ans 2 mois plus tôt

Et oui ce n’est pas ce qui tue le plus qui fait le plus peur… c’est bien trop banal !
Euh par contre le graphe est bien sympathique mais je n’ai pas compris la signification de l’axe vertical…

Invité
vpo
4 ans 2 mois plus tôt

Sauf erreur d’un prof d’anglais qui m’avait repris il y a longtemps, Evidence se traduit par preuve mais pas par indice. Indice se traduit pas clue.

Invité
nonos
4 ans 2 mois plus tôt

Certes pour le document original, mais il semble que la réponse du porte-parole de l’OMS joint par téléphone soit postérieure à cette date, et même récente – si l’on se réfère à la date de l’émission d’Arte Radio. Un doute subsiste tout de même sur ce point que je vous accorde bien volontiers.

De plus, pour pouvoir bénéficier de plus d’expériences, sans multiplier les expérimentations en grandeur réelle, encore faudrait-il s’en donner les moyens. La même émission donne une raison importante expliquant pourquoi nous en pouvons en manquer.
Ou encore: http://resosol.org/InfoNuc/IN_DI.OMS_AIEA.html

Je me permets aussi de souligner que Tchernobyl n’est pas une catastrophe terminée, et que la question nucléaire de la gestion du site est loin d’être réglée. Que la région reste inhabitable, invivable. Que les suites médicales continuent de ruiner des vies encore aujourd’hui.

J’entends bien vos comparaisons arithmétiques, et comme tout un chacun, je les ai déjà pris en compte. J’en suis conscient, quoi. :)
Il semble toutefois et sur bien des points plus aisé de décompter des accidents que de tester l’éventuelle nocivité des ondes et d’en publier les résultats.

Vous avez raison au bout du compte sur la différence de nombre de morts « produits » par les automobiles d’un côté, les téléphones de l’autre, je ne tiens pas à contester ce point.

En revanche, je conteste cette comparaison comme argument valable pour ne pas se soucier du risque moindre (ou bien moindre si vous voulez).

Et je me méfie également de la différence d’impact que peuvent avoir des faits soudains, brutaux, ostensibles et des faits discrets, se déroulant petit à petit. La comparaison avec la cigarette me semble plus réaliste de ce point de vue.

Voilà, en tout cas, j’en profite (pour avoir oublié la première fois) pour vous féliciter et vous remercier pour votre blog, un îlot du web que je fréquente quasi-quotidiennement, à l’affut de la moindre parution.

Invité
nonos
4 ans 2 mois plus tôt

Bonjour,

« Je suis beaucoup plus inquiet de voir le gars devant moi dans le trafic parler à ses amis au téléphone et causer un accident que je ne le suis d’attraper un cancer avec mon propre portable. »
je suis d’accord avec ce point de vue, certes,

mais quand je lis aussi:
« bien qu’une relation entre téléphones mobiles et cancers du cerveau ne puisse pas être exclue, sans une forte corrélation et une affirmation chiffrée sur les risques, il me semble très improbable qu’il y ait lieu de s’en inquiéter. »

je me dis: attention.

L’OMS, avec ce type d’argumentations très pratiques parfois ne dénombre encore aujourd’hui que 30 morts du à la catastrophe de Tchernobyl.
http://arteradio.com/son.html?615945

Donc, prudence.